L'analyse de... Jean-Pierre Petit, président des Cahiers verts de l'économie

David Cameron a raison

le 07/02/2013 L'AGEFI Hebdo

Quarante ans presque jour pour jour après son adhésion à l’Union européenne, le Royaume-Uni vient d’évoquer, par la voix de David Cameron, la possibilité d’en sortir. Nous n’ignorons pas les raisons tactiques politiques qui poussent à une telle orientation. Mais il n’y a pas nécessairement incompatibilité entre le génie tactique et une bonne vision stratégique.

Le discours du Premier ministre britannique soulève des remarques pertinentes sur le sens et l’avenir de l’Union. Cela bouscule les discours usés sur la « construction européenne », horizon indépassable du discours public français depuis des décennies. Rappelons d’ailleurs qu’en six ans de crise, les meilleures performances en Europe de l’Ouest ont été obtenues par la Norvège et la Suisse, deux pays toujours restés en dehors de l’Union européenne.

David Cameron n’a pas dit qu’il souhaitait ni même qu’il fallait quitter l’Union. Ce discours est au contraire un vibrant plaidoyer en faveur de la compétition et de la coopération en son sein. Il mentionne aussi les risques d’un départ unilatéral de la Grande-Bretagne et il rappelle l’attachement britannique au marché unique et à ses développements. La position du Royaume-Uni en Europe a toujours été originale et spécifique. Mais elle a souvent été pertinente aussi. Dans les années 80, l’action intransigeante de la Dame de fer avait déjà joué un rôle positif face aux dérives budgétaires de la politique agricole commune.

En quittant le Système monétaire européen (SME) à la fin 1992, le Royaume-Uni de John Major (1990-97) fit le choix de ne pas joindre l’euro et ce choix fut confirmé par tous ses successeurs. Or depuis fin 1992, le PIB réel britannique a progressé de 57 % contre 35 % pour la zone euro. Dans les années 90, les zélateurs de l’euro mentionnaient les « risques » d’une non-participation à la monnaie unique : marginalisation économique et politique du pays, réduction de la domination de la City, risques de hausse des taux… Rien de tout cela ne s’est produit.

Plus encore, la crise de la dette souveraine depuis trois ans a mis en exergue toutes les défaillances de l’Union monétaire qu’il n’est guère besoin de rappeler ici. Cela ne signifie pas que le Royaume-Uni n’ait pas fait d’erreurs. La grande crise a au contraire révélé les défaillances de son modèle. Mais la gestion de la crise a été évidemment plus aisée outre-Manche qu’en Europe continentale grâce à la souplesse apportée par une politique monétaire et de change flexible.

Aujourd’hui, la position britannique a une fois de plus le mérite de « secouer le cocotier ». Margaret Thatcher inspire encore la vision de David Cameron. Elle avait une vision « churchillienne » des rapports de force en Europe et se méfiait des grandes constructions intellectuelles fumeuses. Elle pensait que l’esprit de compétition entre nations devait constituer le principal catalyseur de la prospérité européenne et qu’il permettrait d’enrayer le déclin de son pays. Or elle a restauré une autorité que le Royaume-Uni n’avait pas connue depuis MacMillan.

Même s’il ne le dit pas, David Cameron a bien pressenti que le processus de fédéralisation en cours en zone euro serait laborieux, incohérent, fluctuant et que cela mènerait à une multitude d’« usines à gaz » dont l’Europe a le secret. A l’heure où se met en place en zone euro un fédéralisme clandestin, sans consultation des peuples, sa démarche est salutaire pour la démocratie européenne.

« L’Europe solidaire » n’est, pour une large part, qu’une falsification intellectuelle. La mise en place des dispositifs de mutualisation financière au profit de l’Europe du Sud et de l’Irlande durant la crise de la dette souveraine n’était justifiée que dans la mesure où il s’agissait d’éviter un processus de contagion systémique nuisible à l’ensemble de l’Union monétaire. C’est d’autant plus une falsification que la solidarité intra-étatique recule (Ecosse, Catalogne, Flandre…).

Entre le discours de David Cameron et le processus qui se met en place dans la zone euro et en Europe de façon plus générale, c’est le choix entre la transparence et les ambiguïtés. Entre la lucidité et l’irréalisme. Entre la flexibilité et le déluge réglementaire. Entre la démocratie et la technocratie. Entre la nation et les constructions abstraites.

On dit que David Cameron prend des risques. Voilà une excellente nouvelle. Dans l’histoire, les leaders audacieux et visionnaires ont pris des risques. « 

David Cameron is right ».

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