Les dangers d’un consensus

le 13/02/2014 L'AGEFI Hebdo

Tous ceux qui croyaient la crise financière surmontée, le coup de vent qui a secoué en janvier les marchés émergents a adressé une sévère invitation à réviser leur jugement. Près de sept ans après l’entrée en scène des banques centrales des pays développés, à l’été 2007, celles-ci restent au centre d’un jeu dont elles biaisent les règles. La brutale réallocation d’actifs récente rappelle que les marchés mondiaux sont dépendants des surliquidités que les instituts d’émission allouent généreusement. S’il fallait une preuve que la maladie dont souffre le monde développé n’est pas guérie, on remarquera que nulle part le resserrement monétaire n’y est à l’ordre du jour. Ce n’est qu’avec d’extrêmes précautions que la Réserve fédérale a entrepris de réduire ses achats d’actifs, tout en prenant bien soin de rassurer sur le maintien durable des taux à leurs niveaux historiques actuels. Au Japon et en Europe, l’heure demeure à la bénévolence monétaire. Traumatisés par le choc séculaire de l’endettement, les pays riches restent peu ou prou sous morphine.

De cette première leçon en découle une autre : l’appétit apparemment retrouvé pour le risque doit être apprécié au regard de cette durable anomalie monétaire. Les pays émergents en ont été victimes, voyant les capitaux affluer puis refluer brusquement sous l’influence de la Fed plus que de la pertinence de leurs politiques propres. Avec une impitoyable sélectivité, les investisseurs ont réagi aux signaux venus de Washington en réservant aux plus faibles la sanction la plus rude, les contraignant à des mesures d’urgence douloureuses. Mais la brutalité et l’ampleur du mouvement ne doivent pas faire oublier deux éléments : d’abord, leur poids dans le concert économique mondial reste modeste, en termes financiers, économiques ou commerciaux (lire L’événement p. 8 ) ; ensuite, au-delà de la vivacité des flux entrants ou sortants, les marchés émergents ne sont pas surpondérés dans les portefeuilles des investisseurs internationaux au point qu’il faille s’attendre à une nouvelle hémorragie. Aussi, tant qu’une catégorie d’émergents de premier rang, dont la Chine, le Brésil ou le Mexique, soutiennent le choc, le reste du monde n’a pas de raison de trembler.

L’effet psychologique de cette secousse serait au demeurant moins grand s’il n’avait résulté d’une soudaine dépréciation des cours de Bourse. Or ce mouvement est sain car, qu’il s’agisse des indices américains, européens ou japonais, les valorisations sont élevées et les perspectives de hausse des cours plus justifiées par l’environnement monétaire que par les perspectives bénéficiaires des entreprises. Le consensus haussier sur les actions, général en ce début d’année (lire L’Agefi Hebdo 405), n’est pas exempt de complaisance. De ce point de vue, le ressac récent sonne plus comme un rappel à l’ordre que comme un signal de débandade.

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