D'une divergence à l'impasse

le 05/12/2013 L'AGEFI Hebdo

De toutes les nouvelles économiques, il n’en est pas de plus préoccupante que la divergence des profils de croissance qui se creuse entre l’Allemagne et la France. La molle reprise en zone euro concerne bien plus notre voisine que notre pays. Aucun des moteurs de l’économie ne paraît pouvoir y tirer l’activité, qu’il s’agisse de la consommation, du commerce extérieur ou de l’investissement, toujours anémique, en particulier dans l’industrie. L’affermissement de l’activité, c'est-à-dire son auto-alimentation, demeure une vue de l’esprit, essentiellement fondée sur l’idée d’un rééquilibrage des conditions de la croissance en zone euro. Entendez que c’est sur les excédents allemands qu’est censée se fonder la croissance future. Cet espoir nourri à Paris risque d’être déçu.

Il est vrai que l’initiative de Bruxelles d’ouvrir une enquête sur les excédents extérieurs de l’Allemagne paraît amener de l’eau au moulin français. Mais ces excédents sont surtout réalisés avec le reste du monde. Ceux dégagés sur les échanges avec les partenaires de l’Allemagne de la zone euro ont été divisés par deux depuis le début de la crise financière et sont désormais inférieurs à deux points de PIB. Sans le dire, la RFA est en fait déjà venue en aide à ses voisins, en soutenant sa consommation intérieure au prix d’une politique salariale moins stricte. Le tout récent accord de gouvernement prévoit un nouveau pas dans cette direction, puisqu’y figure la création d’un salaire minimum. La chancelière ne manquera pas de faire remarquer ces faits à ses partenaires et de leur demander quelles mesures ils ont prises en contrepartie. La réponse française s’annonce peu convaincante.

Paris pourra relever que les excédents allemands s’expliquent beaucoup par un sous-investissement ancien auquel le récent accord de gouvernement SPD-CDU ne remédie pas. Les 23 milliards d’investissements publics prévus en quatre ans ne sont pas à la hauteur du problème. Quant au salaire minimum, il ne sera vraiment sensible que dans plusieurs années. Mais la France se trouvera vite confrontée au rythme et au bilan de ses « réformes », d’une rare médiocrité. A la pusillanimité allemande répond l’immobilisme français. De la politique monétaire aux conditions de création de l’Union bancaire, sujets sur lesquels le dialogue se poursuit en coulisses, aucun des désaccords bilatéraux actuels ne paraît insurmontable. Au contraire, la route de la coordination des politiques économiques, qu’elle passe ou non par un « contrat de réforme » comme le souhaitent les Allemands, ressemble fort à une impasse. Les rendez-vous du printemps prochain, à l’approche d’élections européennes qui s’annoncent délicates pour tout le monde, sont-ils vraiment anticipés à Paris ? Au vu du maelström budgétaire et fiscal qui y règne et dont nul ne peut prévoir l’issue, il est permis d'en douter !

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