Un homme, une équipe

Cyrille Collet « humanise » la gestion quantitative chez CPR AM

le 23/06/2011 L'AGEFI Hebdo

Si le modèle systématique constitue le cœur du processus, le directeur de la gestion actions prône le savoir-faire de ses gérants.

Une plate-forme à la lumière traversante, remplie d’écrans. Une cinquantaine d’hommes et de femmes ont les yeux rivés sur des graphiques, des courbes, des données boursières… C’est au 3e étage d’un immeuble parisien que la société de gestion CPR Asset Management (CPR AM) a élu domicile. Parmi cette cinquantaine de collaborateurs, sept gérants sont sous la houlette de Cyrille Collet, responsable de la gestion actions, en grande partie quantitative. La petite quarantaine décontractée, ce dernier nous explique que « la plupart des collaborateurs travaillent ensemble depuis 15 ans ». L’histoire a débuté pour lui en 1993. Alors prestataire de services, le jeune homme œuvre au sein du Crédit Agricole, dans les rangs du pôle gestion quantitative du groupe, CPR AM, afin de monter le premier système d’information de gestion quantitative actions, avant d’être recruté par la banque en même temps que Malik Haddouk (aujourd’hui responsable de la gestion diversifiée de CPR AM). Il devient gérant actions françaises en 1997, à la faveur de la fusion avec Indosuez AM, et embauche Rodolphe Taquet (actuel responsable de la gestion actions internationales). Cinq ans plus tard, Cyrille Collet et Malik Haddouk quittent la banque verte et entrent dans les rangs d’ABF Capital Management, entité de gestion quantitative du Crédit Lyonnais. « J’y ai acquis une expertise sur des environnements différents tels que l’investissement socialement responsable ou encore le crédit », raconte-t-il. Puis, l’année 2004 annonce une sorte de retour à la case départ pour ces deux hommes, avec le rapprochement d’ABF Capital Management avec… CPR AM, dans le sillage de la fusion des deux sociétés de gestion mères. « Nous avons rejoint notre équipe d’origine », s’amuse-t-il. En 2005, Cyrille Collet prend la tête de l’équipe actions et s’entoure de 11 personnes, dont 7 gérants répartis dans trois pôles : actions européennes, actions internationales mais aussi actions sectorielles et thématiques qui regroupent, entre autres, des fonds ISR, Shariah compatible, infrastructure, immobilier, long short

Modèle

Chaque fonds est géré à quatre mains - « car il y a plus de bon sens dans deux têtes », plaisante Cyrille Collet - par des gérants d’un genre particulier. « Ce sont d’anciens chercheurs qui imaginent avec l’aide de Christian Lopez, responsable de la recherche, et deux chercheurs qui nous sont dédiés, notre modèle propriétaire », poursuit-il.

Ici, la gestion est systématique, le modèle agrégeant des centaines de paramètres pour proposer des pépites. Et la recherche est sans nul doute le centre névralgique de cette organisation. « Notre mission est de maintenir et de développer des outils d’aide à la décision utilisés par les gérants, décrit Christian Lopez. Chaque outil est back-testé, avant sa mise en production. Nous testons les stratégies retenues sur les 10 à 20 ans écoulés afin d’éprouver leur robustesse et leur pérennité quel que soit le contexte de marché à venir. ». Pour les besoins du lancement du portefeuille CPR Progrès Durable, il aura fallu trois mois à son équipe pour adapter le modèle à la gestion ISR (investissement socialement responsable) avec 100 % des données extra-financières fournies par Ideam, la société de gestion spécialisée ISR du groupe. « Le développement de ce produit comme des fonds thématiques dernièrement développés s’ajoute aux travaux permanents de notre modèle quantitatif de sélection de valeurs », poursuit le responsable recherche. La méthodologie et la sélection des 8.500 actions étudiées est donc résolument quantitative et utilise une note financière (de +2,2 à -2,2) pour que soient détectées les valeurs attractives issues de 34 secteurs et implantées dans 5 régions du monde. « En consultation avec les gérants, nous proposons le changement de certains paramètres d’optimisation, poursuit-il. Nous avons ainsi l’an dernier étudié le profil rendement/risque de différents facteurs entre 1995 et 2010 et ainsi apporté une modification au calcul de la note attribuée à chaque valeur européenne. »

Afin d’entretenir le système d’information, son équipe dispose d’une base de données très large, alimentée par des éléments de prix sur titres, de consensus, de données publiées… téléchargés chaque jour à partir de Reuters, de Factset… « Une fois la mise à jour réalisée, nous vérifions la cohérence des données en relatif et en absolu, indique Alexandre Decoene, ingénieur financier actions, autrement dit l’un des deux chercheurs dédiés à la gestion actions. Un système d’alerte détecte d’éventuelles données erronées, ce qui nous permet d’offrir, chaque matin, aux gérants, un univers d’investissement totalement nettoyé et noté ».

Transversalité

« Mais si le modèle doit fournir environ 90 % de la performance, 10 % proviennent de l’expertise du gérant », ajoute Cyrille Collet pour définir l’adage de la maison : « la gestion quantitative à visage humain ». Les gérants sont aptes à qualifier la pertinence des modèles de sélection de valeurs et de risque et à arbitrer le cas échéant. « Ils doivent par ailleurs assurer une veille permanente sur les différents travaux qui permettent d’améliorer notre approche, complète-t-il. Car si nous ne réalisons pas de recherche académique, nous produisons une recherche empirique importante. » La totalité des ordres passe par la table de négociations placée sous la responsabilité de Stéphane Marie-Françoise. « Notre mission est d’acheminer les ordres, sélectionner les meilleurs courtiers en termes d’accès à la liquidité, mais également répartir les ordres en fonction des spécialités de chacun des brokers. » La détermination de l’heure de passage des trades lui incombe de sorte de minorer leur impact sur les marchés. L’équipe de gestion actions est en outre accompagnée par deux spécialistes produits, « sorte d’interface entre les gérants, les commerciaux, le marketing et les investisseurs », définit Valérie Quesada, spécialiste produits avec Sandra Bernard. La périphérie couverte est organisée en fonction des sensibilités de l’une et de l’autre : si les fonds thématiques reviennent pour moitié aux deux femmes, la première, économiste de formation, est en charge des portefeuilles internationaux et la seconde des fonds de la zone euro.

Maîtrisant parfaitement l’aspect technique des produits maison et capables de vulgarisation, elles doivent aussi bien aider le département marketing dans la rédaction d’argumentaires de vente, pourvoir à l’écriture de rapports de gestion, « mais également accompagner l’équipe commerciale, en qualité de support technique, lors de rencontres avec les investisseurs, assurer des animations commerciales dans les caisses régionales du groupe ou encore suppléer au gérant dans la présentation du fonds au client final », énumère Sandra Bernard. Une dernière mission, qui est d’ailleurs montée en puissance ces dernières années, pour elles et les gérants. « La crise nous a obligés à être en lien permanent avec les investisseurs, souligne Cyrille Collet. Le gérant quantitatif est ainsi sorti de derrière son ordinateur. »

L'équipe

Valérie Quesada, 38 ans, spécialiste produits actions internationales et thématiques

Eric Labbé, 43 ans, CFA, gérant actions zone euro

Michaël Sourp, 43 ans, gérant actions internationales

Cyrille Collet, 42 ans, CFA/Sfaf, directeur de la gestion actions

Alexandre Decoene, 33 ans, ingénieur financier actions

Stéphane Marie-Françoise, 32 ans, responsable de la table de négociation

Rodolphe Taquet, 38 ans, Sfaf, responsable de la gestion actions internationales

Sandra Bernard, 46 ans, spécialiste produits actions européennes

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