L'avis de... Patrick Ho, responsable de la recherche actions Asie-Pacifique chez UBS Wealth Management Research

« La croissance du ‘shadow banking’ compromet la lutte contre l’inflation »

le 17/11/2011 L'AGEFI Hebdo

Quelle est l’ampleur du « shadow banking » (finance de l’ombre) en Chine ?

Nous estimons que le shadow banking en Chine s’élève à près de 10.000 milliards de yuans, soit 20 % du crédit bancaire normal et 25 % du PIB de 2010. Il s’est considérablement développé depuis janvier 2010 à cause du resserrement de la politique monétaire. Les ratios de réserves obligatoires élevés et les quotas de prêts ont poussé les banques à ne prêter qu’aux grandes entreprises, forçant les PME et les petits promoteurs immobiliers à se tourner vers le secteur informel. Les prêts privés, délivrés principalement par des entreprises privées et des particuliers, représentent environ 30 % de ce marché, soit 6 % du crédit bancaire normal. Il s’agit de l’une des activités qui connaît la plus forte croissance, mais qui figure parmi les plus opaques et avec les emprunteurs les plus spéculatifs.

Quels sont les risques ?

La croissance du shadow banking compromet la lutte du gouvernement contre l’inflation puisque ces activités permettent aux entreprises de continuer à emprunter et à investir. Le risque est donc que le cycle de resserrement de la politique monétaire et du marché immobilier se prolonge, ce qui entraînerait un ralentissement plus marqué des investissements, une montée de l’aversion au risque des acteurs du shadow banking, qui prêteraient moins aux PME et aux petits promoteurs immobiliers. Ceux-ci pourraient voir leurs marges diminuer, engendrant une correction des prix plus importante sur le marché immobilier. D’autre part, les PME qui empruntent sur le marché informel sont souvent dans des secteurs exportateurs. Le ralentissement actuel de la demande extérieure risque de détériorer la qualité de leurs crédits. Toutefois, la taille du shadow banking n’est pas encore suffisante pour menacer l’ensemble de l’économie.

Quel serait l’impact pour les banques ?

Les banques ont seulement une exposition indirecte au système, mais elles pourraient voir leur risque de crédit augmenter à cause des défauts de PME et des prix immobiliers plus bas. Cela dit, elles ont levé du capital et passé des provisions supplémentaires ces deux dernières années. Selon nos tests de résistance, elles peuvent supporter une chute de 20 % des prix immobiliers tout en restant rentables. Le gouvernement pourrait intervenir en dernier ressort, la dette publique n’étant pas très élevée.

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