Croissance ou réformes, la Chine doit choisir

le 20/03/2014 L'AGEFI Hebdo

Pékin maintient son objectif de croissance à 7,5 % mais érige les réformes en priorité.

Le Premier ministre chinois Li Keqiang, à Dalian (Chine), lors de la Rencontre des nouveaux champions (Forum économique mondial).Bloomberg

La Chine fait face à un choix de plus en plus difficile entre croissance et réformes. D’un côté, le Premier ministre chinois Li Keqiang a annoncé un objectif de hausse du PIB de 7,5 % cette année, le même qu’en 2013, lors de la session annuelle de l’Assemblée nationale populaire tenue du 5 au 13 mars. « Le gouvernement envoie ainsi le signal fort qu’il entend stabiliser les anticipations du marché et maintenir la croissance dans une zone confortable », observent les économistes de HSBC.

Mais de l’autre côté, comme son prédécesseur Wen Jiabao en 2010, Li Keqiang a qualifié le modèle économique chinois d’« inefficace » et d’« insoutenable » et érigé les réformes en priorité. D’ailleurs, le ministre des Finances Lou Jiwei a indiqué que l’objectif de croissance était flexible et qu’un chiffre de 7,2 %, niveau nécessaire à la création de 10 millions d’emplois, serait satisfaisant. De plus, afin de rééquilibrer le modèle économique, le gouvernement cible une progression de l’investissement de 17,5 %, soit le rythme le plus bas depuis douze ans. « Il ne faut pas nécessairement opposer croissance et réformes, estiment les économistes d'HSBC. A l’évidence, certaines réformes ont un coût à court terme, mais des conditions économiques stables sont propices à leur mise en œuvre. Vice versa, les réformes devraient améliorer les perspectives de croissance à long terme. »

Indicateurs économiques décevants

Cette volonté réformatrice est soumise à un premier test avec le ralentissement économique actuel. Les derniers indicateurs sont tous mauvais (production industrielle, investissement, construction immobilière, ventes de détail, exportations). Bien que des facteurs temporaires expliquent en partie cette mauvaise passe, les économistes de Bank of America Merrill Lynch ont abaissé leur prévision de croissance pour 2014 à 7,2 %, contre 7,6 % auparavant. Pour Wei Yao, économiste chez Société Générale, même si « les nouveaux dirigeants sont moins pro-croissance » que leurs prédécesseurs, ils ne peuvent « encaisser un tel ralentissement » et pourraient baisser le ratio de réserves obligatoires des banques de 50 points de base. D’autres mesures sont possibles, notamment l’injection de liquidités via les opérations d’open market de la banque centrale et l’accélération des projets d’infrastructures et de logements sociaux. Li Keqiang a assuré que le gouvernement avait les moyens de maintenir la croissance « dans une fourchette raisonnable ». Mais le risque est de retarder le deleveraging et le rééquilibrage de l’économie. La dette totale (gouvernements, entreprises et ménages) atteignait déjà 231 % du PIB fin 2013, selon les économistes de Standard Chartered, soit 20 points de pourcentage de plus qu’un an plus tôt.

Rôle décisif confié au marché

La ligne directrice du parti communiste, annoncée lors de son plénum en novembre, est de confier un « rôle décisif » au marché dans l’allocation des ressources. Mais le gouvernement marche sur des œufs. Il a empêché de justesse le défaut d’un produit émis par China Credit Trust Co. fin janvier, manquant une occasion de réduire l’aléa moral, mais a laissé début mars une société d’énergie solaire, Shanghai Chaori Solar, ne pas payer une partie des intérêts d’une obligation placée auprès de milliers d’investisseurs. Une première en Chine. Le Premier ministre a prévenu que d’autres défauts étaient « inévitables » mais a assuré qu’il n’y avait pas de risque systémique. D’aucuns redoutaient un « moment à la Bear Stearns » à l’approche du défaut de Shanghai Chaori Solar, mais il n’y a pas eu de panique sur le marché de la dette, même si quelques entreprises ont reporté leurs émissions. Cela dit, ces événements pourraient provoquer une hausse des taux d’intérêt, selon les économistes de Barclays, c’est pourquoi le gouvernement devrait agir au cas par cas et de manière progressive.

Pour l’instant, Pékin semble décidé à accélérer les réformes financières. La banque centrale a élargi le 17 mars la bande de fluctuation du renminbi

onshore(CNY) par rapport au dollar, de +/- 1 % à +/- 2 % (lire l’entretien). Son gouverneur Zhou Xiaochuan a aussi annoncé la libéralisation des taux d’intérêt des dépôts d’ici à un ou deux ans (après les taux des crédits en juillet 2013). Certaines mesures sont expérimentées dans la zone pilote de libre-échange créée à Shanghai en septembre. Par exemple, les taux des dépôts en devises n’y sont plus limités depuis le 1er mars. Comme l’a reconnu Zhou Xiaochuan, cette libéralisation pourrait, là encore, entraîner une hausse du coût du capital dans un premier temps. Selon les économistes de Citi, les réformes seront hiérarchisées pour éviter un coût à court terme insoutenable.

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