La crise économique a peu modifié le commerce mondial

le 26/05/2011 L'AGEFI Hebdo

Avec des besoins de consommation en forte croissance, la part de la Chine dans les exportations européennes pourrait tripler d’ici à 2020.

Démondialisation - le recul des échanges de marchandises -, le terme était apparu en 2009 au plus fort de la crise économique. Le commerce mondial s’était contracté cette année-là de 12 %. Aujourd’hui, les économistes préfèrent parler de régionalisation. La tendance est à la concentration des échanges de marchandises au sein des grandes zones économiques du monde. Pour autant, « peu de bouleversements » sont à signaler par rapport à la situation des échanges mondiaux d’avant-crise, note Karine Berger, directrice marchés et marketing et chef économiste d’Euler Hermes qui vient de consacrer une étude aux échanges commerciaux mondiaux après la crise. L’économie chinoise a continué son bond en avant avec des exportations représentant 11,2 % des exportations mondiales fin 2010 contre 8,8 % en 2007. Dans les pays industrialisés, le Japon et les Etats-Unis ont gagné quelques parts de marché au détriment des pays européens, y compris l’Allemagne, note l’étude d’Euler Hermes.

« Une analyse secteur par secteur montre que la crise a plutôt renforcé les positions qui préexistaient à la crise », explique l’économiste. Le tableau sectoriel réserve toutefois quelques surprises comme le Brésil, désormais installé dans la cour des grands dans les industries agroalimentaires, grâce à la Chine dont la demande d’importations s’est accrue de 50 % en quatre ans. « A ce rythme, la Chine deviendra le premier importateur du secteur dans cinq ans et affichera une grande dépendance à l’égard du reste du monde », ajoute Karine Berger. L’économie chinoise détient déjà la place de premier importateur du secteur de la chimie (+35 % en quatre ans) accusant un déficit en constante dégradation. Ce secteur reste le domaine réservé des pays occidentaux. Si les entreprises chinoises sont inexistantes au niveau mondial dans la pharmacie, elles ont en revanche renforcé leur domination dans le secteur des biens technologiques, avec un excédent qui s’est accru de 40 % depuis 2007. Cette fois, les biens technologiques sont le domaine réservé des pays asiatiques. Quatre pays, le Japon, la Chine, Hong Kong et la Corée du Sud, concentrent la moitié des exportations mondiales.

Rôle croissant

Si quatre ans de crise n’ont pas infléchi brutalement les tendances du commerce mondial, le rôle croissant de la Chine dans l’économie mondiale devrait être demain « une chance pour l’Europe, avance Véronique Riches-Flores, responsable de la recherche thématique chez Société Générale CIB, auteur d’une étude sur « la nouvelle donne chinoise ». Le changement d’influence de la Chine sur la scène internationale pourrait être suffisamment puissant pour dévier l’industrie européenne de la trajectoire d’un déclin jusqu’alors perçu comme inéluctable. Au rythme actuel, la Chine deviendra le premier marché à l’exportation de la zone euro et absorbera jusqu’à 9 % de ses débouchés en 2020. La proportion atteindrait 15 % pour l’Allemagne et serait de 8 % pour la France et le Royaume-Uni ».

L’étude SG CIB livre des projections sur l’explosion des besoins de consommation des Chinois à l’horizon 2015 sur la base de données 2008. D’ici là, la classe moyenne urbaine concernera 400 millions d’individus, soit un doublement. Toujours au cours de ce laps de temps, la consommation alimentaire aura progressé de 71 % et les achats de biens durables de 222 %. Pour les entreprises européennes, ces perspectives signifient un triplement de la part de la Chine dans leurs exportations. Les secteurs bénéficiaires seront ceux qui seront les moins exposés à la compétition prix : l’automobile, l’habillement, l’agroalimentaire, la pharmacie, la banque-assurance et les médias.

« Après avoir été dépendantes de la conjoncture américaine, ce sont dorénavant des évolutions économiques de l’autre extrémité du globe que dépendent les perspectives européennes », explique Véronique Riches-Flores. De telles modifications géographiques impliquent des changements dans l’appréciation des risques. « Les interrogations sur l’accélération de la croissance chinoise dans un contexte d’accélération de l’inflation suscitent de nombreuses craintes. Mais ce risque devrait avoir peu d’effets sur le gonflement prévu de la classe moyenne », estime l’économiste.

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