La crise a amorcé un rééquilibrage des soldes commerciaux en zone euro

le 01/03/2012 L'AGEFI Hebdo

Depuis fin 2007, le Portugal et surtout l’Espagne ont accru leurs parts de marché à l’exportation et réduit leurs déficits courants.

Quatre années de crise économique et financière en zone euro ont permis d’amorcer un processus de résorption des déséquilibres commerciaux dans des pays comme l’Espagne ou le Portugal. Une prouesse au regard des dix années précédentes pendant lesquelles la monnaie unique a échoué à faire converger des économies disparates, accentuant au contraire les écarts entre les soldes des balances commerciales. Pour les pays concernés entrés de plain-pied dans une récession qui s’annonce longue, le constat arrive à point nommé, au moment même où la Commission européenne publie son premier rapport sur le mécanisme d’alerte sur les déséquilibres macro-économiques, le nouvel instrument de surveillance de l’Union européenne. La procédure bruxelloise repose sur dix indicateurs internes et externes.

Résorption

Parmi les critères externes retenus figurent l’évolution des parts de marché sur cinq ans, le solde de la balance courante (en % du PIB) sur trois ans et les coûts salariaux unitaires. « Si on met à part la Grèce, le rééquilibrage a déjà commencé pour certains pays périphériques », relève Gilles Moec, économiste de Deutsche Bank. « L’Espagne et le Portugal gagnent des parts de marché à l’exportation. En ajoutant l’Irlande (qui dispose d’un large excédent) et la Grèce (au déficit de 9,4 % du PIB), cet ensemble de quatre pays a réduit significativement son déficit courant depuis les débuts de la crise ; le déficit agrégé passant de 10,9 % du PIB au deuxième trimestre 2008 à 4,3 % au troisième trimestre 2011, précise l’économiste auteur d’une étude sur la question. Dégager d’importants déficits commerciaux n’est pas une fatalité. En l’espace de deux ou trois ans, les déséquilibres peuvent commencer à se résorber. »

L’amélioration des soldes courants de certains pays périphériques ne s’explique pas uniquement par la contraction de leur demande intérieure. Certes, la récession qui les touche a fait chuter leurs importations. Mais le Portugal et l’Espagne ont aussi vu leurs exportations progresser depuis 2007 (voir le graphique). De même, si une modération salariale ou la baisse des coûts salariaux unitaires sont les conditions nécessaires pour permettre un rééquilibrage des soldes commerciaux, elles sont loin d’être l’unique condition du succès.

Autre enseignement de ce début de rééquilibrage, l’Allemagne et les Pays-Bas, connus pour accumuler les excédents commerciaux, sont devenus les deux pays où les importations ont le plus augmenté au cours des quatre dernières années. Les importations germaniques de biens se situent aujourd’hui 14 % au-dessus de leur niveau d’avant-crise, ont calculé les économistes de Deustche Bank pour qui la demande intérieure se porte bien outre-Rhin.

Pour autant, si quelques pays ont réalisé des progrès dans la résorption de leurs déficits courants, ce n’est pas forcément au détriment des pays excédentaires. Le mouvement en cours ne prend pas la forme d’une convergence générale vers des soldes courants à l’équilibre. En effet, « les deux victimes qui pâtissent le plus du rééquilibrage des balances commerciales sont l’Italie et la France, conclut Gilles Moec. Leurs déficits des comptes courants continuent de se détériorer ». Il y aura toujours des perdants.

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