Credit Suisse et UBS doivent relever leurs marges dans la banque privée

le 17/02/2011 L'AGEFI Hebdo

Credit Suisse a une longueur d’avance sur son compatriote pour améliorer sa rentabilité. Tous deux doivent encore redoubler d’efforts commerciaux.

Plus d’un an après la publication de leurs plans stratégiques (L’Agefi Hebdo du 26 novembre 2009), UBS et Credit Suisse sont encore handicapés dans la banque privée. D’un côté, leurs revenus ont stagné en 2010, à respectivement 12,9 et 9,8 milliards de francs suisses (9,8 et 7,4 milliards d’euros). De l’autre, leurs résultats avant impôts ont baissé, de 4,6 % à 2,2 milliards de francs pour UBS et de 12,8 % à 2,5 milliards pour Credit Suisse. Si celui-ci affiche une meilleure rentabilité, les deux géants helvétiques subissent une forte pression sur leurs marges sur encours.

Oubliés les 130 points de base (pb) atteints jusqu’à présent par Credit Suisse. La banque a dû se contenter en 2010 d’une marge brute de 120 pb, en érosion constante d’un trimestre sur l’autre. Chez UBS, celle-ci a fluctué toute l’année en restant proche de la moyenne de 2009, à 80 pb en Amérique et 92 pb dans le reste du monde, mais le groupe estime pouvoir renouer en 2011 avec les 100 pb, son niveau d’avant-crise. L’envolée du franc suisse, qui s’est apprécié de 19 % par rapport à l’euro entre le 1er

janvier et le 31 décembre 2010, a particulièrement pesé. « En dépit d’une bonne performance des placements effectués, le volume des actifs investis a diminué en raison du raffermissement du franc suisse par rapport à l’euro et au dollar, a indiqué UBS lors de la présentation de ses résultats. Plus de 60 % des actifs investis auprès de Wealth Management (la gestion de fortune en dehors de l’Amérique, NDLR) sont en effet libellés en euros ou en dollars. » Cette situation a amputé ses actifs sous gestion de 67 milliards de francs sur le seul quatrième trimestre. Chez Credit Suisse, les 77 milliards de francs d’effets de change annuels ont quasiment annulé la contribution positive de la collecte et de l’évolution des marchés.

Ce déséquilibre pourrait s’atténuer cette année. « Le marché délaisse le franc suisse. Depuis janvier, il se déprécie face à l’euro car la situation s’éclaircit sur le front de la crise de la dette souveraine, explique Nordine Naam, stratégiste économiste chez Natixis. A court terme, cela pourrait se poursuivre mais nous restons prudents, en tablant sur un taux de change euro/franc suisse de 1,30 en fin d’année, équivalent au niveau actuel. Face au dollar aussi, la devise devrait continuer à se déprécier pendant un ou deux mois avant de se redresser. Mais elle restera forte par rapport à son niveau de début 2010 (1,48 franc suisse pour 1 euro, NDLR). »

En dehors de leur dépendance aux monnaies, UBS et Credit Suisse doivent améliorer la rentabilité de leurs actifs sous gestion. « Ils ont commencé à constater au quatrième trimestre un retour des transactions sur les actions, sur lesquelles les marges sont plus élevées, constate Loïc Bhend, analyste chez Bordier & Cie à Genève, même si 20 % à 25 % des actifs d’UBS (et 30 % de ceux de Credit Suisse, NDLR) sont encore en liquide, donc peu rentables. »

Retraits d’avoirs

Tous deux doivent aussi poursuivre leurs efforts commerciaux. Après avoir subi plus de 250 milliards de francs de retraits en un peu plus de deux ans, UBS a renoué au second semestre avec une collecte nette positive sur le continent américain, où ses résultats restent malgré tout négatifs. Ailleurs, ses flux étaient nuls en fin d’année, après un apport net d’un milliard de francs au troisième trimestre (voir le tableau). Les 20 milliards de francs collectés en Asie-Pacifique et sur les grandes fortunes (parfois comptabilisés deux fois) n’ont pas compensé la poursuite des sorties de clients européens, échaudés par les menaces sur le secret bancaire. Malgré une collecte totale en hausse, Credit Suisse a subi les mêmes phénomènes. Ses clients des marchés « mûrs » dont les comptes sont tenus en Suisse ont retiré l’an dernier 8 milliards de francs, tandis que 70 % des afflux nets ont été enregistrés dans ses 23 centres à l’étranger.

La banque compte 120 chargés d’affaires de plus qu’à fin 2009, tandis que chez UBS, « le nombre de gérants de fortune a recommencé à augmenter cet été, relève Loïc Bhend. L’effet sur les encours se fera sentir dans les prochains mois, quand les nouveaux banquiers commenceront à capter des capitaux. Mais il faut compter 12 à 24 mois pour qu’ils atteignent leurs objectifs. Cela explique en partie le décalage avec Credit Suisse ».

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