Le crédit à la consommation poursuit son déclin en Europe

le 23/06/2011 L'AGEFI Hebdo

Le coup d’arrêt est brutal dans les pays où les ménages sont les plus endettés comme l’Irlande, le Royaume-Uni ou l’Espagne.

Moins enclin que son homologue américain à consommer à crédit, le consommateur européen représente tout de même, avec un encours par habitant de 2.222 euros à fin 2010, près du quart du marché mondial du crédit à la consommation. Pourtant, « le stock total de crédit de l’Union européenne a diminué en 2010 pour atteindre 1.105 milliards d’euros (-3,1 % en un an ) », indique Nicolas Pécourt, directeur Prospective et communication institutionnelle de Crédit Agricole Consumer Finance*. Malgré l’absence de données comparables à l’échelle européenne concernant la production de crédit, tout indique avec cette deuxième année consécutive de repli des encours que la production baisse depuis plus longtemps encore. Dans certains pays, le recul des encours sur un an est impressionnant : -10 % dans les pays Baltes et au Danemark, -17 % en Irlande, -11 % en Espagne et -5,7 % au Royaume-Uni, le premier marché d’Europe avec un stock de 250 milliards d’euros. Cinq pays (France, Italie, Royaume-Uni, Allemagne et Espagne) se partagent « 76 % de l’encours en Europe pour une population représentant 63 % du total de l’Union », souligne Nicolas Pécourt.

Le crédit à la consommation est développé avant tout en Europe du Nord (56 % des encours pour 41 % de la population), devant l’Europe du Sud (37 %) et l’Europe de l’Est (7 %). Mais, poursuit l’économiste, l’analyse traditionnelle par les « différences culturelles » entre un sud catholique rechignant à s’endetter et un nord protestant jouant du levier financier pour consommer, n’est plus valable depuis une dizaine d’années. Bien avant la crise, « entre 2002 et 2007, le crédit à la consommation augmentait de 17 % en moyenne annuelle en Italie et de 14 % en Espagne. Dans le même temps, il progressait de 9 % au Danemark et stagnait en Allemagne (-0,1 %) ». Les pratiques de distribution du crédit se sont substitués aux spécificités culturelles.

Addiction

Du côté de l’addiction au crédit, les Irlandais sont bons premiers en dépit d’une réduction de l’encours de crédit par habitant de plus de 5.000 euros en 2009 à 4.470 euros, le montant de loin le plus élevé devant le Britannique (4.000 euros par tête), le Danois (3.174 euros).

Autre indicateur parlant, l’encours de crédit rapporté à la consommation annuelle des ménages. Il baisse depuis 2009, mais il atteint tout de même 25 % en Irlande et 22,4 % au Royaume-Uni. « Le crédit à la consommation joue un rôle essentiel dans l’économie, constate Nicolas Pécourt. Dans le cas de la France, où 85 % de l’évolution du PIB est imputable à l’évolution de la consommation au cours de la dernière décennie, les encours de crédit à la consommation représentent 13,2 % des achats des ménages, soit 7 % du PIB. »

Le repli du crédit à la consommation est appelé à durer au cours des années à venir. Tout dépendra de l’évolution de la consommation en biens durables puisque les deux tiers des encours de crédit sont affectés à l’automobile et à l’équipement de l’habitat. Une chose est sûre, la production de crédit sera confrontée à la fin des primes à la casse dans l’automobile mise en place dans de nombreux pays, les financements automobiles se faisant plus rares. De manière plus générale, explique Nicolas Pécourt, « l’évolution du marché du crédit à la consommation est liée au niveau de confiance des ménages ». Or, avec la crise économique, l’avenir des finances personnelles est devenu plus incertain. « Le comportement des ménages s’est modifié. On observe dans les pays européens un mouvement de baisse du panier moyen. »

A l’affaiblissement de la demande de crédit s’ajoutent les incertitudes que vont introduire les nouvelles règles de Bâle III. Les banques devraient restreindre une activité fortement consommatrice de fonds propres. Perte de pouvoir d’achat et de confiance liée à la crise du côté de la demande, robinet resserré du côté de l’offre : le crédit à la consommation s’apprête à vivre des jours difficiles.

* CA CF vient de publier le Panorama 2010 du crédit à la consommation de Sofinco.

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