Les craintes politiques refont surface en Italie

le 14/02/2013 L'AGEFI Hebdo

Silvio Berlusconi remonte dans les sondages à l'approche des élections générales de fin février. Les investisseurs retiennent leur souffle.

Epouvantail ou provocateur. Sur les marchés financiers, Silvio Berlusconi a manifestement gardé de sa capacité de nuisance. L’éventualité, pourtant faible, de son retour aux affaires, suggérée par le resserrement des intentions de vote aux élections générales des 24 et 25 février prochains, s’évalue en dizaines de points de base (pb). Il a suffi de quelques sondages indiquant que l’avance du centre-gauche, la coalition emmenée par le chef du parti démocrate Pier Luigi Bersani, s’amenuisait pour que le rendement du BTP, le titre à 10 ans du Trésor italien, se tende de 40 pb autour de 4,60 % pendant la première semaine de février.

A 76 ans, Silvio Berlusconi hante encore les marchés italiens avec des promesses de retour en arrière sur le durcissement de la fiscalité (notamment la taxation des résidences principales pour 4 milliards d’euros) ou la condamnation du programme de réformes et d’austérité mis en place sous le gouvernement « technique » de Mario Monti. Quatorze mois de gestion du pays pendant lesquels le rendement du 10 ans italien est passé de 7,10 % à 4,10 %. Sur la durée, les détenteurs d’obligations de l’Etat italien ont obtenu un retour sur investissement de 28 %, selon l’agence Bloomberg ; conséquence à la fois de la politique de Mario Monti mais aussi des annonces de la Banque centrale européenne (BCE) et de son président Mario Draghi (notamment au cours de l’été du programme OMT - outright monetary transactions).

Répétition de récessions

En dépit de ses multiples déboires avec la justice italienne, le discours anti-européen de Silvio Berlusconi trouve un écho dans un pays qui traverse sa quatrième récession depuis 2001 avec un taux de chômage au plus haut (11,2 % de la population active en décembre 2012, plus de 36 % chez les jeunes) et un quart de la population en risque de pauvreté ou d’exclusion sociale, rappelait récemment Eurostat. Depuis mi-2011, l’économie italienne accumule les comptes nationaux trimestriels « négatifs ». En glissement annuel, le PIB s’est contracté de plus de 2 % en 2012. « Le pays est parti pour une deuxième année de franche récession, analyse Cédric Thellier, économiste de Natixis. Un léger rebond est attendu au second semestre, mais en glissement annuel, nous anticipons, comme le consensus des prévisions, une contraction du PIB de 1,1 %. Par la suite, l’activité restera atone avec une croissance pratiquement nulle en 2014. » Fabio Fois, économiste de Barclays, table sur un recul du PIB de 0,8 % cette année et une reprise de 1 % l’an prochain. « Actuellement, il n’existe aucun ressort de croissance », ajoute Cédric Thellier. L’investissement des entreprises, l’emploi ou la consommation des ménages ne sont d’aucun secours. Seul le commerce extérieur apporte une contribution positive au PIB. « Mais c’est essentiellement dû à la chute des importations en raison du recul de la demande intérieure », poursuit-il. Pis, l’apaisement des tensions sur la dette souveraine et la réduction des spreadsdepuis l’été dernier n’ont toujours pas d’impact sur la production de crédit, autre maillon faible de l’économie. « La transmission de la politique monétaire a des ratés, explique Cédric Thellier. Les taux sur les nouveaux prêts aux entreprises ont même remonté depuis l’été 2012, a contrario de ce qui se passe en France et en Allemagne. »

La majorité à la Chambre des députés (630 sièges) a beau être acquise à l’alliance centre-gauche – Mario Monti (une majorité d’au moins 54 % suffit), quelques incertitudes subsistent au Sénat (mode de scrutin assis sur une base régionale). Certaines régions - Lombardie, Sicile et Vénétie - sont promises à la coalition centre-droit – Berlusconi, de quoi insuffler un léger vent de panique chez les investisseurs et dans les titres de la dette italienne.

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