Les craintes des marchés se déplacent aux Etats-Unis

le 27/09/2012 L'AGEFI Hebdo

Plusieurs mesures fiscales arrivent à échéance fin 2012. Une trop forte réduction du déficit budgétaire entraînerait une récession.

Comme le rappelle le CBO, rattaché au Congrès (photo), la dette fédérale rapportée au PIB a doublé depuis 2007.

Sur les marchés financiers, le malheur des uns fait le bonheur des autres. Une situation tout à coup plus critique d’un côté a le don d’embellir la réalité de l’autre. Le fait de se rapprocher aux Etats-Unis d’échéances importantes pour le budget fédéral, dont le déficit est attendu à 7,3 % du PIB pour l’exercice 2012 clos au 30 septembre prochain, en fournit une démonstration. D’autant qu’en parallèle, les responsables européens ont réussi cet été à entrouvrir une porte de sortie pour la crise des dettes souveraines en zone euro.

Pourtant, la seule nouveauté dans la situation budgétaire des Etats-Unis est l’arrivée prochaine au pied du mur budgétaire (fiscal cliff). L’effet d’optique est connu : plus la falaise se rapproche, plus elle paraît haute. Car pour le reste, sa hauteur précise et son contenu sont connus depuis longtemps. Inerte en raison d’absence de majorité au Congrès, la politique budgétaire se caractérise par un modus vivendi depuis le retrait du Triple A à la dette fédérale américaine par Standard & Poor’s au cours de l’été 2011.

Ce compromis arrive à son terme fin 2012-début 2013, peu de temps après l’élection présidentielle du 6 novembre. L’échéance inquiète les investisseurs au point de placer la « falaise fiscale américaine » comme principal risque sur les marchés financiers, reléguant la crise des dettes souveraines européennes au second plan, selon la Fund Manager Survey de septembre réalisée par Bank of America Merrill Lynch.

Depuis l’accentuation de la crise financière avec la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008, le déficit budgétaire oscille entre 8 % et plus de 10 % du PIB l’an. Exprimées en dollars, les impasses fiscales donnent le tournis : entre 1.100 et 1.400 milliards de dollars chaque année. Comme le rappelle le CBO (Congressional Budget Office), un organisme d’évaluation des finances publiques rattaché au Congrès, la dette fédérale rapportée au PIB a grosso modo doublé depuis 2007.

Le « mur » est fait d’un empilement d’échéances synchrones. « Plusieurs mesures d’allègement d’impôts d’une part et de soutien au revenu de certains ménages d’autre part arrivent à échéance simultanément le 31 décembre, explique Laetitia Baldeschi, stratégiste à CPR AM. Des coupes dans les dépenses votées en août 2011 quand le plafond de la dette a été relevé pour 110 milliards sont également prévues. Le total représente 550 milliards de dollars, soit 3,5 % du PIB. » De plus, le plafond de la dette (fixé à 16.394 milliards) sera atteint de nouveau d’ici à trois mois avec la possibilité pour le Trésor américain de faire les fins de mois de l’Etat fédéral pendant quelques semaines supplémentaires. Mais là aussi, un accord devra être trouvé rapidement pour éviter l’épisode malheureux du psychodrame de l’été 2011.

Qui-vive

Si toutes les dispositions prévues entrent en vigueur, les projections du CBO laissent entrevoir une récession en 2013 (-0,3 % pour le PIB contre une croissance prévue de 2,3 % en 2012) et en conséquence une progression du chômage. Pour de nombreux stratégistes, ce scénario est improbable : « Qu’importe le résultat de l’élection du 6 novembre, le 'fiscal cliff' sera abordé de manière pragmatique », assure Christophe Foliot, responsable de la gestion actions internationales d’Edmond de Rothschild AM (Edram). A elles seules, la suppression des tax cut Bush - les baisses d’impôts accordées il y a plus de dix ans aux revenus supérieurs à 250.000 dollars - grèverait la croissance d’un point de PIB.

Laisser le déficit budgétaire à son niveau actuel est impensable et ne rien faire, c’est-à-dire laisser arriver à leur terme toutes les mesures de soutien, entraînerait l’économie américaine en récession. Une alternative impensable au moment où la Réserve fédérale lance une troisième phase de son programme d’assouplissement quantitatif (QE3, 40 milliards d’achats de titres hypothécaires par mois auxquels s’ajoutent 45 milliards de titres arrivés à échéance et réinvestis dans le marché), avec pour objectifs de soutenir la croissance nominale et faire de baisser le taux de chômage. Ni trop, ni trop peu, réclament les analystes. Ce que l’agence de notation Moody’s résume dans son style particulier : « Si les négociations conduisent à une politique qui produit une stabilisation puis une tendance baissière du ratio dette/PIB à moyen terme, la note Triple A sera probablement affirmée... Si les discussions budgétaires n’aboutissent pas à un tel résultat, la note est susceptible d’être abaissée, probablement à 'Aa1'. »

Jusqu’à aujourd’hui, le risque est jugé réel mais minime par les stratégistes et les investisseurs. Il n’empêche qu’ils restent en état d’alerte.

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