Le court terme dicte la rémunération des dirigeants d'entreprise

le 20/12/2012 L'AGEFI Hebdo

Selon les investisseurs, les politiques de compensation devraient mieux concorder avec la stratégie des sociétés cotées.

Les rémunérations des dirigeants d’entreprise sont-elles équitables ? Le sujet passionne et, en temps de crise, provoque de vifs débats tout autant au sein de l’opinion publique que parmi les actionnaires. La question est sensible, en particulier dans l’attente des premières moutures du projet de loi promis par le gouvernement relatif « à l'encadrement des pratiques de rémunération et à la modernisation de la gouvernance des entreprises ».

C’est dans ce contexte troublé que Proxinvest a publié son quatorzième rapport sur la rémunération des dirigeants des sociétés cotées du CAC 40 et du SBF 120. Selon lui, en baisse de 4 % en 2011 par rapport à 2010, la rémunération totale (part salariale fixe et variable, ainsi que stock-options et actions gratuites) médiane des présidents exécutifs du CAC 40 correspond presque au double de celle des dirigeants du SBF 120, qui, quant à elle, s’est repliée de 3 % (à environ 1,8 million d’euros).

Surtout, Proxinvest révèle que la plus grande part de la rémunération des dirigeants dépend de variables de court terme, soit un poids de 57 % pour les présidents exécutifs du CAC 40 à comparer à 27 % pour le fixe. « Seule 16 % de leur rémunération totale repose sur des conditions de performance à long terme » (à 3 ans minimum), précise Natalia Ponkratova, analyste financier senior chez Proxinvest.

Nécessaire rééquilibrage

Cette structure de rémunération est de plus en plus critiquée par l’ensemble des parties prenantes des entreprises. Les mécanismes d’incitation actuels « visent un alignement des intérêts des dirigeants sur ceux des actionnaires, qui, jusqu’à présent, ont surtout été dictés par les marchés », analyse Zineb Bennani, responsable gouvernance et engagement chez Natixis AM. Or «les cours des actions ne reflètent pas toujours les fondamentaux économiques. Par conséquent, n’indexer les rémunérations que sur des éléments purement financiers paraît inadéquat avec l’objectif de création de valeur long terme de l’entreprise. Choisir des critères de rémunération basés sur le développement des capacités opérationnelles fondamentales, sur la création nette d’emplois et l’atteinte d’objectifs environnementaux sur un horizon moyen/long terme serait plus constructif», estime l’experte, à l’image de nombre d’investisseurs gestionnaires d’actifs souhaitant une meilleure concordance des politiques de rémunération avec la mise en œuvre des stratégies d’entreprise.

Par ailleurs, faut-il fixer un plafond de rémunération ? Proxinvest le recommande dans sa politique d’exercice de vote pour les assemblées générales de 2013. L’Erafp (Etablissement de retraite additionnelle de la fonction publique) aussi, jugeant que « le maximum socialement tolérable de la rémunération globale annuelle correspond à 100 fois le salaire minimum ». Pour Zineb Bennani, « la question paraît légitime mais en pose de nombreuses autres sur la notion d’équité et son appréciation. Une première avancée serait d’améliorer la transparence sur les écarts de rémunération existant au sein d’une même entreprise ». Et instaurer de la cohérence si elle fait défaut.

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