L'avis de... Stéphane Barthélemy, gérant de State Street Global Advisors

« La corrélation entre les Bourses des pays développés et émergents augmente »

le 19/05/2011 L'AGEFI Hebdo

Comment les flux vers les marchés d’actions émergents évoluent-ils ?

Après des sorties records à partir de décembre, les flux s’étoffent de nouveau progressivement depuis fin mars. En configuration normale de marché, c’est-à-dire hors période de grande crise, les investisseurs réinvestissent en actions émergentes lorsque leur décote par rapport aux actions des pays développés leur semble de nouveau attractive. Celle-ci avait atteint les 15 % à 20 % courant mars. A 12 % de décote aujourd’hui, l’investisseur encore peu exposé à ces régions peut venir chercher les points d’entrée. Quoi qu’il en soit, la valorisation n’est pas le seul motif du regain d’intérêt actuel. L’incertitude s’estompe quant au calendrier des hausses de taux destinées à contrôler l’inflation dans les pays considéré en surchauffe comme la Chine. Aujourd’hui, le marché considère que l’essentiel des resserrements monétaires nécessaires est reflété dans les cours.

Quelles sont les motivations des investisseurs ?

Les institutionnels souhaitent investir dans les pays émergents afin de diversifier leurs placements. Or le résultat statistique de cette stratégie n’est pas évident car les mouvements des Bourses des pays développés et des pays émergents sont de plus en plus corrélés entre eux. Leurs marchés de capitaux sont plus accessibles et, comme dans toute période de sortie de crise, la corrélation entre toutes les classes d’actifs se renforce. Une autre motivation des fonds de pension pour s’aventurer hors des Etats-Unis et de l’Europe est la quête de primes de risque ou de rendements. Ils doivent trouver des placements qui leur permettent d’honorer leurs obligations. Dans un contexte de taux toujours très bas dans les pays développés, la rémunération des capitaux investis dans les pays émergents paraît nettement plus alléchante. Leur profil de risque n’est plus celui d’il y a vingt ans. Prêteurs à l’extérieur avec d’importantes réserves de change comme la Chine, Taiwan, la Corée ou même la Russie, ceux-ci affichent des ratios dette sur PNB nettement plus attrayants que ceux des pays développés avec des modèles de croissance en train de se rééquilibrer progressivement en faveur de la consommation.

Quel facteur influence le plus les Bourses émergentes ?

Les marchés émergents sont dépendants de l’aversion pour le risque. En d’autres termes, une baisse de l’appétit pour le risque peut conduire à une correction boursière même si tout va bien sur place. Pour mémoire, les pays en développement n’étaient pas concernés par la crise occidentale du crédit subprime, et pourtant, leurs Bourses ont corrigé dès la fin de mai 2008, avec d’importantes sous-performances en octobre 2008.

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