Dossier ISR

Les conversions de fonds, principal moteur de la hausse des actifs

le 06/06/2013 L'AGEFI Hebdo

Ce processus permet aux sociétés de gestion d'afficher rapidement une large gamme d'investissements socialement responsables.

Les sociétés de gestion ont converti 7,4 milliards d'euros d'actifs à l'ISR (investissement socialement responsable) en 2012, après 25,5 milliards en 2011 et 10,4 milliards en 2010. Le rythme des conversions de fonds, c'est-à-dire des transformations de fonds classiques en produits ISR, a donc fortement ralenti. Pour autant, ce phénomène reste le principal moteur de la croissance des encours de la gestion collective ISR puisqu'il représente plus de 80 % de la hausse des actifs.

Les plus optimistes voient dans les conversions la volonté des sociétés de gestion d'afficher rapidement une large gamme et des encours élevés en ISR, ce qui peut avoir un effet d'entraînement sur la collecte. « La transformation de fonds a permis de faire croître rapidement l'ISR en France. A terme, la collecte prendra le relais : on constate d'ailleurs l'existence de nombreux appels d'offres ISR, ce qui témoigne de l'appétit croissant des investisseurs institutionnels pour ce type de gestion », explique Antoine Sorange, responsable de l'analyse extra-financière chez Amundi. Dernières transformations en date dans cette maison, le fonds Amundi Label Monétaire est devenu un nourricier d'Amundi Tréso Eonia ISR en mars 2012, tandis que le fonds BFT Convertibles a été transformé en produit ISR en mai 2012. « Une fois un fonds transformé, il s'agit d'un véritable produit ISR, géré exactement de la même façon qu'un fonds ISR créé ex nihilo », rappelle Thierry Bogaty, directeur d'Amundi Expertise ISR.

Opportunisme ?

Mais les conversions soulèvent aussi quelques questions. « Dans certaines sociétés de gestion, il s'écoule parfois plus d'un an entre la première réflexion sur une éventuelle transformation du fonds et sa réalisation, chaque étape étant bien identifiée, indique Dominique Blanc, responsable de la recherche ISR de Novethic. Mais nous avons aussi eu connaissance de conversions moins structurées, réalisées en quinze jours à peine. De même, l'impact des conversions sur les portefeuilles varie de quelques lignes à 35 % de l'actif du fonds. »

Certaines maisons voient ainsi dans les conversions l'opportunité de se positionner sans trop d'efforts comme un acteur important du secteur. D'ailleurs, d'après les calculs réalisés pour L'Agefi Hebdo par Novethic, seulement un tiers des fonds convertis ont été labellisés par Novethic en 2010 et 2011. La proportion tombe même à 18 % en 2012, probablement en raison de l'augmentation des exigences de qualité du label. « Je suis assez réservé sur le principe des conversions de fonds, même si ce phénomène contribue efficacement au développement de l'ISR en permettant d'augmenter les encours », confie Dominique Blanc.

Le recours à la conversion est loin de se tarir : Novethic répertorie déjà six conversions supplémentaires en 2013, dont cinq concernant des produits monétaires. « C'est une décision prise au plus haut niveau de la société de gestion car elle s'inscrit dans une démarche d'engagement du groupe et nous permet de proposer une gamme ISR complète aux clients », confirme Dominique Mousset, responsable produit fixed income ISR chez BNP Paribas IP, dont les dernières conversions datent de 2011. Même logique de gamme chez Allianz GI France : « La décision de convertir un fonds à l’ISR s’inscrit dans une logique de construction d’offre et de cohérence de gamme, expose Juliette Visière, responsable produits. Par exemple, sur certaines classes d'actifs, comme le monétaire et le crédit, nous avons souhaité proposer à nos clients à la fois un fonds ISR et un fonds non ISR. »

Les sociétés de gestion veillent par ailleurs aux conséquences de la transformation sur le portefeuille : l'ajout d'un filtre extra-financier implique la sortie du portefeuille d'un certain nombre de lignes ne répondant pas à ces critères. « Sur certains produits comme BNP Paribas Mois, le portefeuille a été peu modifié lors de la conversion à l'ISR en novembre 2011 car les Etats périphériques, moins bien notés sur l'extra-financier, n'appartenaient pas à son univers d'investissement », explique Dominique Mousset. Mais dans certains cas, la transformation d'un fonds peut dénaturer plus largement son objectif de gestion. « La conversion de certains fonds obligataires peut parfois avoir une incidence sur le profil risque-rendement du produit, notamment sur le champ des Etats souverains euro. Cela n'empêche pas la conversion, mais il faut alors en tenir compte pour leur commercialisation », poursuit Dominique Mousset.

Mais au-delà des fonds ouverts, les investisseurs institutionnels sont de plus en plus intéressés par le profil ISR de leurs mandats : « Ils nous interrogent sur les conséquences éventuelles de l'ajout d'un filtre extra-financier, et petit à petit, le principe de la conversion à l'ISR est étudié, rapporte Antoine Sorange. Nous avons ainsi transformé une dizaine de mandats sur les douze derniers mois. » 

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