Le continent oublié

le 17/02/2011 L'AGEFI Hebdo

Larry Summers, qui fut le principal conseiller économique de Barack Obama, aime comparer la régulation financière à la ligne Maginot, « inexpugnable en soi, mais facile à contourner ». L’image s’impose pour qui considère la croissance très rapide de la finance parallèle, d’origine non bancaire mais comportant elle aussi un risque systémique.

Conscient des transferts d’activités qui ne manqueront pas de résulter du mouvement de régulation des banques, le G20 s’est engagé à encadrer ce véritable « continent oublié » de la finance dès cette année. Sans doute cela passera-t-il par un travail de définition de cette réalité encore mal connue. Identifiée comme telle en 2006 seulement sous le vocable de « shadow banking », elle amalgame dans son acception la plus commune les entités qui font de la transformation de liquidité ou de crédit sans avoir recours à la liquidité banque centrale : on y trouve donc pêle-mêle les structures bancaires déconsolidées, les fonds monétaires, mais aussi pour certaines de leurs activités, les fonds d’arbitrage ou les fonds de capital-investissement. D’aucuns y ajoutent volontiers d’autres acteurs systémiques, comme les émetteurs de dérivés de crédit, tel AIG avant la crise, voire les systèmes de compensation ou même les assureurs tentés par les métiers bancaires. Tous ont en commun de ne pas supporter les obligations des banques, qu’elles soient de fonds propres ou de liquidités.

Mais dessiner une carte fiable de cette « terra incognita » ne suffit pas. Encore faut-il y tracer des routes de régulation praticables. A ce propos, le G20 ne part pas de zéro. Il a d’abord donné naissance à des instances de supervision systémique des deux côtés de l’Atlantique, capables d’apprécier le risque de crise dans sa globalité. Il a ensuite commencé à édicter de nouvelles règles du jeu concernant les places offshore et les paradis fiscaux, et imposé de nouvelles règles d’information aux fonds d’investissement. Enfin, sa décision d’ordonner les marchés de dérivés est le gage d’une transparence dont chaque gouvernement doit, bon gré mal gré, reconnaître l’impératif.

Reste le plus difficile : fixer les rapports entre la finance bancaire et cette autre finance qui, pour être non conventionnelle, n’est est pas moins utile au financement de l’économie. Des premiers pas ont été faits, avec l’obligation faite aux banques de réintégrer leurs structures déconsolidées ou de conserver dans leurs bilans 5 % de leurs véhicules de titrisation. D’autres devront être franchis, touchant notamment aux conditions de financement par les banques de leurs concurrents-partenaires désintermédiés dont elles craignent l’expansion mais qu’elles ont générés et qui ont pris une place essentielle dans le modèle économique de leurs divisions de financement et d’investissement. Ce tracé de frontières entre les deux finances s’annonce aussi crucial que délicat.

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