Dossier Post-marché

Un contexte stimulant pour les offres

le 12/05/2011 L'AGEFI Hebdo

Pour se conformer aux nouvelles réglementations, les investisseurs misent sur les services des spécialistes.

La notoriété des spécialistes de back-office va bientôt l’emporter sur celle des traders ! » Cette boutade d’un financier est loin d’être infondée, quand on considère que la compensation et la conservation des titres sont devenues des sujets évoqués au plus haut niveau, y compris par le G20. Le fait est qu’assurer la bonne fin des opérations sur les instruments financiers apparaît désormais comme un enjeu majeur pour la sécurité des marchés.

Les acteurs du post-marché se sont emparés de ce contexte porteur et ont renforcé leurs interventions, limitant les risques des investisseurs. Euroclear Bank, premier système de règlement-livraison, a accru la sécurité de la chaîne de traitement dès le débouclement des opérations. « Notre plate-forme FundSettle permet une exécution automatisée et rapide des transactions sur fonds, ce qui, lors de transactions portant sur l’achat de parts dans un fonds, est très important puisque c’est au moment de l’exécution que le prix de la transaction est arrêté », explique Frédéric Hannequart, président d’Euroclear Bank.

Les acteurs de la sphère concurrentielle se sont quant à eux rapprochés de leurs clients pour mieux prendre en compte leurs problématiques. « La masse critique d’opérations que nous avons atteinte nous permet d’investir dans des systèmes accompagnant la globalisation de nos clients ainsi que la sophistication des réglementations, remarque Jean-Marc Pasquet, responsable France et Belgique chez BNP Paribas Securities Services (BP2S). De même, les contrôles et processus sont plus serrés. »

Les dépositaires peuvent en outre compter sur la concomitance des réglementations nouvelles, à commencer par Ucits IV : à partir du 1

er juillet, cette directive va favoriser la distribution transfrontalière des fonds. « Les dépositaires sont des acteurs clés pour nous permettre d’utiliser les véhicules de type fonds maître/nourricier. Nous nous sommes rapprochés d’eux pour savoir comment organiser ces opérations, note Pascale Cheynet, directrice marketing et communication chez le gérant UFG-LFP. Nous accueillerions avec intérêt une offre des dépositaires nous aidant à calculer le niveau de risque tel que la réglementation Ucits IV nous la réclame. »

Dans l’immédiat, les conservateurs ont axé leurs efforts sur la confection du nouveau document d’information. « Nous sommes en mesure de produire le Kiid ('key investor information document', NDLR), dans autant de langues qu’il le faut, ayant déjà réalisé plusieurs milliers de ces documents », illustre Philippe Dupuis, en charge des entités de Caceis en France, banque et administration de fonds. En même temps, l’assistance porte aussi sur les inflexions stratégiques que pourra susciter Ucits IV. « Nous proposons aux gérants de les accompagner dans leurs réflexions sur l’usage qu’ils voudront faire de cette réglementation, plusieurs possibilités s’offrant à eux d’aller commercialiser leurs fonds en Europe, commente Bruno Prigent, directeur délégué du métier titres de Société Générale. La notion de fonds maître/nourricier est déjà familière aux acteurs français, ce qui devrait faciliter les nouvelles offres. » Les champions français entendent bien tirer parti de leur dispositif étendu. « Ucits IV nous permet de tirer tous les avantages de notre structure paneuropéenne, avec une grosse présence au Luxembourg et une capacité d’options infinies, pour répondre aux modèles multiples des gérants qui vont se dégager », indique Jean-Marc Pasquet.

Mais l’axe de progression majeur du post-marché est assurément lié aux règles prudentielles qui vont s’imposer aux investisseurs. « Les exigences des investisseurs institutionnels en matière de 'reporting' se sont accrues depuis plus de deux ans, avec la nécessité de leur fournir des 'reportings' spécifiques et, dans l’ensemble, plus de transparence, différents indicateurs de risque, souligne Pascale Cheynet. Il nous faut des bases de données fiables, des référentiels de titres impeccables pour répondre à cette exigence accrue. »

Les investisseurs recourent parfois directement aux dépositaires : pour être certains de leurs positions, ils s’adressent à plusieurs parties en vue d’obtenir des informations contradictoires.

Des « reportings » consolidés

Applicable en 2013 par les assureurs, Solvabilité II va accuser cette évolution. « Les dépositaires sont en phase de préparation de leur offre sur Solvabilité II, et nous sommes demandeurs de 'reporting' sur ce sujet, confirme Gilles Dreyfus, responsable des relations dépositaires et valorisateurs chez CCR AM. A ce jour, nous sommes toujours en discussion sur certains points des 'reportings' dans le cadre de Bâle II, donc la discussion sur des offres Solvabilité II et Bâle III semble encore prématurée ». Forts de leurs investissements colossaux, les grands acteurs s’estiment toutefois d’ores et déjà en mesure de répondre en large part aux futures exigences. « En tant que premier valorisateur et dépositaire de la place, nous disposons de données considérables que nous exploitons rapidement et en toute fiabilité pour calculer les ratios et le capital réglementaire notamment, expose Philippe Dupuis. Nous produisons pour nos clients institutionnels des 'reportings' consolidés offrant une vision patrimoniale de leurs avoirs détenus chez Caceis et en externe, avec différents niveaux de services. Nous calculons par exemple la dépréciation selon plusieurs normes comptables. »

Evolution des dérivés OTC

L’ambition des acteurs se focalise sur des services à valeur ajoutée comme la valorisation. « Solvabilité II devrait faire franchir le pas à certains gérants travaillant pour des assureurs et les amener à nous confier davantage d’activités de 'middle-office' comme le 'reporting' de performance », anticipe Jean-Marc Pasquet. Les acteurs mettent ainsi les bouchées doubles sur les offres de pricing. « Nous avons réorganisé la centralisation des données, avec un point avancé à Hong Kong, afin de tirer bénéfice du décalage horaire et produire au plus tôt les valorisations des portefeuilles et la valeur liquidative des fonds », précise Philippe Dupuis. Un acteur comme SGSS s’est, de son côté, positionné très tôt sur ce service, en ciblant les instruments complexes. « Nous disposons depuis trois ans déjà d’une offre de fourniture de prix sur les instruments OTC (de gré à gré, NDLR), et nous proposons aussi la prise en charge du middle-office, confie Bruno Prigent. La frontière des opérations confiées au métier titres continue de se déplacer en nous permettant de remonter plus avant dans la chaîne de valeur des gérants. »

La réglementation en cours visant à sécuriser les opérations sur les dérivés de gré à gré va constituer un accélérateur notable des offres sur les dérivés OTC. D’ores et déjà, la compensation de ces instruments a radicalement évolué, par exemple sur les dérivés de crédit. « Nous sommes en train de faire évoluer notre offre pour permettre à tous les grands courtiers intermédiaires de l’utiliser, annonce Pierre-Dominique Renard, directeur clients, marchés et infrastructures chez LCH.Clearnet SA. Ainsi, la novation (quand la chambre de compensation devient la contrepartie de l'opérateur, NDLR) s’effectue aujourd’hui en J+1 sur la base des opérations déjà enregistrées dans la base de données de DTCC, nous nous dirigeons vers un modèle en temps réel. Elle intervient après paiement des marges, les opérateurs n’étant ainsi plus en risque d’un jour sur l’autre. Par ailleurs, nous comptons compenser également les opérations impliquant les gestions et non pas seulement les intermédiaires. » L’extension du champ de la compensation va généraliser les appels de marge, et la gestion du « collatéral » (gages) va progresser. Dans les banques, l’usage du « collatéral » a déjà donné lieu à de nouvelles prestations. « En matière de risque de crédit, on note que la gestion du repo interbancaire - les prêts de titres entre banques - a progressé d’environ 40 % l’an dernier dans nos livres, relève Frédéric Hannequart. Nous avons étendu nos offres sur la gestion de « collatéral » aux opérations sur dérivés. » La compensation a elle aussi renforcé ses structures. « Nous avons fait évoluer notre modèle de compensation sur la dette souveraine espagnole - concernant les opérations de repo - pour mieux l’adapter aux pratiques internationales », note Pierre-Dominique Renard.

Pour les gérants, peu familiariés avec la compensation, les dépositaires préparent des offres complètes. « Nous avons lancé une offre l’an dernier, basée sur notre savoir-faire pratique en termes opérationnels et techniques, indique Hélène Virello, responsable de la gestion du « collatéral » et de la valorisation indépendante chez BP2S. Nous modélisons les accords de 'collatéral', réévaluons les positions, calculons les expositions entre contreparties, et comptabilisons le 'collatéral' selon les règles définies. » Après les risques, les dépositaires prennent pied dans les problématiques nouvelles de liquidité…

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