Constat d’échec pour la BCE, incapable d’enrayer la chute du crédit

le 12/01/2012 L'AGEFI Hebdo

Plus le secteur bancaire de la zone euro est fourni abondamment en liquidités, moins il irrigue de prêts l’économie réelle.

Depuis septembre 2008 et l’exacerbation de la crise financière, la Banque centrale européenne (BCE) fournit au secteur bancaire profusion de liquidités sans que ces dernières parviennent jusqu’aux ménages et aux entreprises. Les canaux sont obstrués. Les liquidités pourtant fournies sans limite (full allotment, c’est-à-dire autant que le demandent les banques) irriguent de moins en moins l’économie réelle. Pour ce qui concerne l’alimentation en crédit de l’économie, la BCE est en échec.

Ainsi va la crise : plus la banque centrale injecte de liquidités, moins les banques devenues dans leur ensemble « surliquides » sont incitées à prêter. Le multiplicateur monétaire publié par Société Générale CIB, qui mesure le rapport de la monnaie banques commerciales à la monnaie banque centrale (ratio agrégat large M3/agrégat étroit de la base monétaire), s’est fortement réduit au cours de 2011. « L’an dernier, la base monétaire s’est accrue de 46 % tandis que la masse monétaire ne progressait que de 2 % et le crédit au secteur privé de 1,7 %, explique Vincent Chaigneau, responsable de la stratégie Fixed Income de Société Générale CIB. Le multiplicateur monétaire a atteint un record historique à la baisse en zone euro. Il a été divisé par deux depuis son pic de 2002. » Et d’ajouter : « L’effet multiplicateur de la monnaie, consistant à octroyer du cash aux banques pour leurs opérations de prêt qui elles-mêmes créeront des dépôts, ne fonctionne plus du tout aujourd’hui. La transmission de la politique monétaire est grippée. Ce problème n’est pas propre à la BCE ; la Banque d’Angleterre (BoE) et la Réserve fédérale américaine y sont aussi confrontées Mais au moins BoE et Fed ont-elles contribué au mouvement de baisse des taux longs, ce qui soutient les marchés d’actifs. Les pays périphériques de la zone euro n’ont pas ce privilège. »

Manque d’impulsion

Un second indicateur confirme ce constat du grippage de la distribution de crédit au secteur privé : c’est le « credit impulse » de Deutsche Bank qui mesure l’impact d’un ralentissement de la croissance du crédit sur la demande privée, deux indicateurs économiques bien corrélés, selon Michael Biggs et Gareth Evans, stratégistes de la banque. Ce qui est important pour la croissance de la demande domestique, ce n’est pas tant de savoir si la progression du crédit est forte ou faible, mais bien plus de savoir si elle est en train de croître ou de ralentir, expliquent les deux professionnels. Dit autrement, une évolution négative du crédit peut avoir un impact positif sur la demande domestique si le deleveraging (réduction de l’effet de levier) ralentit. A l’inverse, un ralentissement de l’activité économique peut être provoqué par une progression forte mais en baisse du crédit. En zone euro, la tendance des nouveaux prêts est sans équivoque au recul. Or « si la croissance du crédit tombe vers zéro, le ‘credit impulse’ deviendra négatif et la demande privée dans la zone stagnera », ont calculé les économistes de Deustche Bank, qui ont détecté deux points faibles au sein de la zone euro : la France et l’Italie, deux pays où la croissance du crédit allait encore bon train il y a quelques mois et où le ralentissement en cours aura un impact important sur leur demande intérieure. Les contours d’une forte restriction du crédit, un credit crunch, se précisent.

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