Entretien avec... Michel Martinez, chef économiste France de Société Générale CIB

« La consommation publique est le principal soutien de l'activité »

le 05/09/2013 L'AGEFI Hebdo

La croissance du PIB de 0,5 % au deuxième trimestre vous incite-t-elle à devenir plus optimiste pour la conjoncture française ?

Non. Si vous regardez les lignes des comptes nationaux qui contribuent à la croissance, il n’y a pas encore lieu de se réjouir. Les faibles températures et leur impact sur la consommation d’énergie contribuent pour 0,1 point. Par définition, cet impact n’est pas reconductible. Ajoutons un effet stocks de 0,23 point sur une croissance de 0,47. C’est le deuxième trimestre de hausse des stocks ; son effet va s’estomper. Enfin, 0,1 point provient de la dépense publique. Tout cela signifie que la demande privée hors énergie a stagné. Cela n’a rien d’emballant comme en témoignent les destructions d’emplois dans le secteur privé et la faiblesse de l’investissement des entreprises, même si ce dernier subit un effet « fond de piscine », à savoir que son recul est en train de ralentir après plusieurs trimestres de chute.

Comment expliquer que l’économie française arrive à sortir la tête de l’eau et à éviter une accumulation de trimestres négatifs et une récession ?

Tout simplement grâce à la consommation publique qui est le principal soutien à la croissance de l’activité économique de ces douze derniers mois. A fin juin, la progression du PIB en glissement annuel était de 0,3 %. Or, la contribution à la croissance de la dépense publique sur douze mois était de 0,4 point, ce qui signifie que le secteur privé est en récession et qu’un arbitrage a été rendu entre croissance et réduction des déficits publics pour favoriser la première. Il est donc probable que l’évolution des dépenses publiques ne soit pas en ligne avec les engagements. Elles accélèrent en volume sous la forme par exemple des emplois aidés ou d’avenir. Cette tendance peut se poursuivre mais elle se verra tôt ou tard dans les chiffres des déficits publics et dans la progression du ratio de dette publique sur PIB qui va tout droit vers 100 %. Précisons tout de même que la France n’est pas la seule concernée par cette politique. La plupart des pays européens l’appliquent désormais, ce qui donne une petite dynamique à la zone euro.

A lire aussi