Dossier ETF

Une consolidation inévitable dans un secteur très concurrentiel

le 21/02/2013 L'AGEFI Hebdo

L’annonce de l’acquisition des activités ETF de Credit Suisse par BlackRock a relancé les spéculations.

C’est peu dire que le marché européen des ETF (exchange-traded funds) est concurrentiel : plus de 1.300 ETF y sont listés pour un total d'environ 330 milliards de dollars à fin 2012 quand les Etats-Unis (où les ETF pèsent 1.200 milliards de dollars) en comptent 100 de moins, selon une étude Deutsche Bank. « Il y a une quarantaine de fournisseurs d’ETF en Europe. Dans ce contexte, comment savoir quel produit acheter à qui ? », s’interroge Ludovic Djebali, responsable des ventes chez Source. « Les investisseurs n’ont pas besoin d’avoir quinze ETF répliquant l’indice S&P 500, trois suffisent », confirme Matthieu Mouly, responsable de la clientèle institutionnel chez Lyxor.

De fait, si les professionnels jugent une consolidation inévitable et saine pour les clients qui y gagneront en liquidité et en lisibilité, peu s’aventurent à en prédire les modalités. Le secteur des ETF en Europe n’a jamais été un long fleuve tranquille. Rien qu’en 2012, trois nouveaux arrivants, Alpcot Capital Management, Swedbank Robur et Vanguard, ont débarqué sur le continent tandis que deux le quittaient : JPMorgan et Marshall Wace LLP.

Depuis l’annonce du rachat de Credit Suisse par BlackRock, le marché bruisse de rumeurs. Parmi les cibles potentielles, le nom d’UBS revient. « La banque a besoin de liquidité, elle a mené la même politique de développement en dents de scie de sa branche ETF que Credit Suisse, elle pourrait être la prochaine à vendre », témoigne un de ses concurrents. Avec une part de marché de 3,7 % (en perte de 0,3 point en 2012) elle est loin du trio de tête formé par iShares, Deutsche Bank et Lyxor. L’an passé, elle a collecté un faible 167 millions d’euros.

Les regards se portent également sur d’autres structures : « La banque espagnole BBVA a disparu des écrans radar », note un observateur. Avec 0,1 % de part de marché et une décollecte en 2012, elle ne fait pas bonne figure. D’une manière générale, des questions se posent sur toutes les petites structures qui disposent de nombreux ETF et d’actifs sous gestion insuffisants. « C’est un marché de flux, il faut une taille suffisante pour amortir les coûts de développement d’une gamme de produits, explique Olivier Paquier, responsable en France de SPDR (la branche ETF de State Street Global Advisors). En outre, la liquidité est primordiale pour un investisseur, c’est sans doute l’un des premiers critères qu’il regarde après la performance. Il est tenu par son ratio d’emprise et veut éviter à tout prix les problèmes de liquidité. »

Du côté des prédateurs, le marché européen manque de numéros deux et trois. Aux Etats-Unis, BlackRock est numéro un avec 44,1 % de part de marché mais ses concurrents State Street et Vanguard suivent respectivement avec 21,2 % et 20,2 %. En Europe, Deutsche Bank et Lyxor, derrière BlackRock, à 47,2 % (en comptant Credit Suisse), affichent eux 14,4 % et 12,1 % de part de marché. « Insuffisant d’autant qu’ils ont enregistré des collectes de quelques centaines de millions d’euros en 2012 seulement », juge un spécialiste. Les deux ont souffert de la nette préférence des investisseurs pour les ETF physiques l’an passé. La logique commerciale en fait des acheteurs potentiels. Lyxor ne commente pas et Deutsche Bank dit se concentrer sur la croissance organique.

L’arrivée attendue des américains

Les observateurs regardent davantage à l’étranger. A la conférence des ETF à Miami, qui s'est tenue récemment, un nom revenait régulièrement : celui de Pimco. Déjà associée au fournisseur Source, la société de gestion américaine aurait des vues sur le marché européen. Une information démentie par l’intéressé. State Street, déjà propriétaire de SPDR, aurait aussi été sur les rangs pour racheter les activités de Credit Suisse. « BlackRock a racheté Credit Suisse pour ses parts de marché bien sûr, mais aussi pour couper la voie à des éventuels concurrents américains », analyse un observateur.

Vanguard, le numéro trois américain, s’est également implanté en Angleterre en 2012. Depuis, il y mène une politique de prix agressive. Tout récemment, il a listé trois de ses ETF en Suisse. Mais en Europe, « le modèle économique est différent. Les investisseurs veulent davantage de service », tempère Olivier Paquier.

Enfin, dernière piste : celle d’un fonds de private equity. Le fonds américain FTV Capital a déjà investi dans ETF Securities en 2007. D’autres pourraient suivre et réunir plusieurs fournisseurs pour créer une plate-forme plus puissante. « Pour autant, agréger plusieurs acteurs pourrait se révéler opérationnellement difficile, les domiciliations de fonds sont différentes, juge Isabelle Bourcier, responsable du développement d’Ossiam. Il y aura des doublons, ce ne sera pas évident de mettre en place des économies d’échelle à court et moyen terme. »

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