Consolidation dans la gestion, Aberdeen en tête

le 19/12/2013 L'AGEFI Hebdo

La dernière acquisition du gérant britannique relance la course aux rapprochements dans un marché encore fragmenté.

Pour le directeur général d'Aberdeen AM, Martin Gilbert, la clé du succès se trouve aux Etats-Unis. Photo: Simon Dawson/Bloomberg

C’est reparti pour Aberdeen Asset Management. Ses actifs ont bondi à 336 milliards de livres (399 milliards d’euros). Le gérant britannique vient de racheter Scottish Widows Investment Partnership (SWIP) à Lloyds Banking Group (LBG), dans une transaction toute en actions pour 550 millions livres (653 millions d’euros), et jusqu'à 100 millions de livres supplémentaires sur cinq ans en fonction du succès du partenariat stratégique noué par les deux acteurs. Ce rachat, qui propulse Aberdeen à la tête des gérants cotés en Europe, devant Schroders, lui permet de diversifier ses opérations dans la gestion obligataire et dans l’immobilier. Mais Martin Gilbert, directeur général d’Aberdeen AM, n’a pas l’intention de s’arrêter en si bon chemin. Le gérant, qui avait racheté en 2009 certaines activités de Credit Suisse, veut désormais s’attaquer au marché américain : « Si vous voulez avoir du succès dans ce secteur, il vous faut être aux Etats-Unis », explique le directeur général d’Aberdeen AM – soulignant au passage son intention de croître organiquement dans ce marché. Dernière en date, la transaction d’Aberdeen s’inscrit dans une année de consolidation dynamique parmi les gérants : le secteur a enregistré jusqu’à fin novembre 139 transactions, contre 135 durant l’année 2012, pour un volume de 2,8 milliards de dollars (2 milliards d’euros), selon Thomson Reuters.

Franchir l’Atlantique

La gestion privée participe aussi à ce mouvement, avec un total de 60 transactions dans le monde à fin octobre (+30 %), selon Scorpio Partnership. « La réglementation a été un critère déterminant du rapprochement des acteurs, explique Cath Tillotson, associée au sein de ce cabinet d’études. Si la réforme de la distribution des services financiers outre-Manche (RDR) en est un exemple évident, l’impact d’autres règles internationales à l’image de Mif II, Fatca et Dodd Frank ont aussi joué un rôle. »

A la différence des mégatransactions du passé, la recherche de nouvelles aires géographiques et de compléments d’expertise guident les rapprochements. Outre le rachat par Aberdeen de l’Américain Artio pour 112 millions de livres cet été, Amundi a mis la main sur le gérant américain Smith Breeden associates. A l’inverse, les gérants américains aiguisent leurs armes en Europe : après avoir acquis une taille critique outre-Atlantique, Wells Fargo Asset Management (WFAM), doté de 460 milliards de dollars d’actifs sous gestion, veut renforcer sa présence en Europe afin de faire partie des 20 plus gros gérants au cours des sept prochaines années : « A ce stade, nous pouvons nous contenter d’apporter nos capacités existantes en Europe et en Asie, explique Mike Niedermeyer, directeur général du gérant, mais nous restons cependant ouverts à des acquisitions nous permettant de capitaliser sur de bonnes opportunités »

En rachetant Cazenove Capital en début d’année, Schroders, qui entend en outre poursuivre une stratégie de croissance organique, n’a pas seulement récupéré une compétence en banque privée : « Il s’agissait d’une opportunité unique pour un actif unique, explique Peter Harrison, responsable des actions au sein de Schroders. L’alignement des cultures entre les deux entreprises, une notion trop souvent négligée dans l’industrie, était simplement parfaite ».

Intégration d’équipes

Alternative possible des consolidations, les rapprochements d’équipes apparaissent ainsi de plus en plus comme un levier de croissance : « L’intégration d’équipes peut s’avérer facile mais les politiques de rémunération ou la présence de cultures inconciliables peuvent aussi constituer des freins », confirme Eric Wohleber, directeur général de Blackrock pour la France. Le numéro un de la gestion mondiale, avec plus de 4.000 milliards de dollars d’actifs, s’inscrit dans cette stratégie : après le rachat de Merrill Lynch Investment Managers en 2006 et de Barclays Global Investors en 2009, qui ont catapulté le groupe à la première place des gérants mondiaux, BlackRock s’est depuis livré à un certain nombre d’acquisitions ciblées à l’image du rachat récent de MGPA et de la division ETF’s de Credit Suisse. En 2008, le gérant avait aussi intégré dans ses rangs l’équipe actions européennes de Scottish Widows. « A la différence d’autres secteurs très concentrés, les opportunités de rapprochement restent importantes dans la gestion mais la collecte reste un moyen très naturel de croître organiquement dans cette industrie », ajoute Eric Wohleber. A la différence des Etats-Unis où les 10 plus gros gérants ont attiré l’an dernier 94 % de la collecte nette, ce pourcentage est de 51 % en Europe. « Dans les années à venir, la consolidation interviendra dans les secteurs où les gains d’échelle sont possibles mais l’hypothèse de grosses transactions pour des raisons de coûts d’intégration et de valorisation reste improbable », conclut Peter Harrison.

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