Le Congrès américain se fait peur avec le plafond de la dette

le 03/10/2013 L'AGEFI Hebdo

Sans réformes structurelles, notamment des dépenses de santé et de retraites, le budget américain n’est pas soutenable.

La paralysie règne à Washington. La Chambre des représentants à majorité républicaine et le Sénat contrôlé par les démocrates n’ont finalement pas réussi à s’entendre sur une résolution permettant au gouvernement de continuer ses dépenses discrétionnaires en cette nouvelle année fiscale (débutée le 1

eroctobre), provoquant la fermeture de nombreux services administratifs (shutdown) pour la première fois en 17 ans. Et le pire est encore à venir. Les deux camps sont à mille lieues d’un accord sur le relèvement du plafond de la dette publique, fixé à 16.699.421 millions de dollars. Depuis le 17 mai, celle-ci atteint 16.699.396 millions de dollars, soit seulement 25 millions au-dessous du plafond. Pour éviter de le dépasser, le Trésor a pris des mesures extraordinaires, comme la suspension des émissions de titres SLGS (State and Local Government Series), dans lesquels les gouvernements locaux investissent les recettes de leurs émissions de munibonds. Or selon le secrétaire au Trésor Jacob Lew, ces mesures seront épuisées le 17 octobre, et le gouvernement n’aura plus que 30 milliards de dollars à sa disposition. Il risque donc, si ses rentrées d’argent sont insuffisantes, de ne pas pouvoir faire face à ses échéances, comme le paiement de 6 milliards de dollars d’intérêts le 31 octobre.

A l’été 2011, les atermoiements du Congrès et du président Obama sur le même sujet avaient précipité la dégradation de la note des Etats-Unis de « AAA » à « AA+ » par Standard & Poor’s. Ce coup de tonnerre n’avait pas entraîné de hausse des taux d’intérêt des obligations du Trésor, mais avait contribué à la baisse des marchés actions. Cela dit, avant la fin de la crise (2 août), les fonds monétaires avaient « radicalement » réduit la maturité de leurs portefeuilles de Treasuries, selon une étude de la Federal Reserve Bank of New York publiée en mars. Et les primes de risque avaient légèrement augmenté pour les titres à 2 ans et au-delà (de 11 à 33 points de base), alourdissant la facture du Trésor de 1,3 milliard de dollars en 2011, selon un rapport du Government Accountability Office. Extrapolant ces calculs, le Bipartisan Policy Centre estime que le coût additionnel sur dix ans s’élève à 18,9 milliards de dollars. L’impact s’était également fait sentir sur l’économie. « La confiance des ménages et des entreprises avait pris un coup, rappelle Omair Sharif, économiste de RBS. Les créations d’emplois étaient passées de 209.000 en juin à 78.000 en juillet. »

Cette fois, les marchés financiers, plus habitués, paraissent moins inquiets. L’agence Moody’s a rétabli en juillet la perspective stable de la note « Aaa » des Etats-Unis, et a récemment fait savoir que celle-ci était plus fondée sur le profil à long terme de sa dette que sur des événements à court terme comme une impasse sur le plafond. Le problème américain est bien structurel. Selon le Congressional Budget Office, le déficit budgétaire devrait tomber à 2 % du PIB d’ici à 2015, mais progresser à nouveau par la suite, tout comme la dette (108 % du PIB en 2038). « Les dépenses discrétionnaires hors défense devraient tomber ces prochaines années à leur plus bas niveau par rapport au PIB en 50 ans, estime Omair Sharif. Les seules économies possibles portent sur les dépenses de santé et de retraites, qui représentent presque deux tiers du budget. »

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