L'avis de... Michel Martinez, chef économiste France de Société Générale CIB

« Les conditions sont loin d'être remplies pour un rebond marqué de l'activité »

le 22/11/2012 L'AGEFI Hebdo

La récession est techniquement attestée en zone euro - deux trimestres de suite d’évolution négative du PIB. La situation peut-elle encore s’aggraver ?

Les indicateurs avancés, les PMI, ou que ce soit ceux de l’Insee, de l’IFO ou de la Commission européenne, prolongent la tendance actuelle de la récession, sous la forme d’une lente et longue décrue. Dans le meilleur des cas, la conjoncture s’améliorera dans la seconde moitié de 2013 si les incertitudes actuelles relatives à l’intégration européenne ou au traitement des cas de la Grèce et de l’Espagne sont levées. Nous anticipons pour l’an prochain une croissance du PIB légèrement négative en zone euro et nulle en France. Il ne faut pas se leurrer. Si amélioration il y a, la croissance restera molle encore longtemps. Nous nous trouvons dans une période de désendettement généralisé de tous les acteurs économiques - les Etats comme les agents privés - dans un contexte d’incertitudes historique. C’est un phénomène d’ordre structurel. Les conditions sont encore loin d’être remplies pour un rebond marqué de l’activité en zone euro. S’il faut fixer une échéance à la probabilité de revoir des taux de croissance comparables à ceux d’avant-crise, je dirai vers la fin 2015.

Faut-il prendre au sérieux les programmes d’ajustement des finances publiques menés dans la plupart des autres pays de la zone ?

Pour les pays en grandes difficultés comme l’Espagne, le Portugal ou l’Irlande, il est déjà admis que les objectifs d’assainissement budgétaire ne seront pas atteints. Mais il y a un fait nouveau ; nous percevons un changement d’attitude de la Commission européenne. Mi-novembre, Bruxelles a décidé de ne pas aller plus avant dans sa procédure pour déficits excessifs vis-à-vis de l’Espagne. L’accent a été mis plus sur les réformes mises en œuvre et les déficits structurels, c’est-à-dire débarrassés des évolutions conjoncturelles. Il s’agit d’enrayer la spirale autodestructrice, qui consiste à fixer des objectifs de déficits publics qui ne seront jamais atteints et à établir en permanence des correctifs budgétaires destructeurs de PIB. Cette logique emmène les pays dans la dépression.

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