Rencontre avec... Arnaud Oseredczuk, secrétaire général adjoint, direction de la gestion d’actifs et des marchés à l’Autorité des marchés financiers (AMF)

« Le concept de ‘meilleure exécution’ ne suffit pas »

le 09/02/2012 L'AGEFI Hebdo

Quel(s) défaut(s) voyez-vous à la « meilleure exécution » telle que définie par la directive Marché d’instruments financiers (MIF) ?

Il faut arriver à mieux concevoir l’interaction entre « meilleure exécution » et transparence des marchés. La directive MIF a laissé s’organiser la « meilleure exécution » mais avec toute une série d’exemptions en matière de transparence. Or cette transparence doit être le bien commun à tous les acteurs du marché. Il existe aujourd’hui des marchés « hybrides », avec une certaine dose de transparence, mais qui tirent en réalité l’essentiel de leurs prix de l’information disponible plus largement sur d’autres lieux d’exécution.

N’est-ce pas la meilleure sécurité pour l’investisseur ?

L’investisseur veut en effet toujours avoir accès à la formation du prix sans se dévoiler lui-même, être une sorte de « passager clandestin ». Si ce mode opératoire peut être compatible avec la meilleure exécution, il favorise aussi un système inéquitable. Avec comme autre risque encouru celui de voir les marchés permettant la rencontre de nombreux investisseurs - où a lieu la formation des prix - être désertés par les investisseurs au profit de marchés moins « visibles » ou moins ouverts. Au niveau européen, l’AMF relaie ces préoccupations dans le cadre de la révision de la MIF en plaidant pour une limitation stricte du champ des exemptions.

En quoi consiste actuellement votre analyse de la « best execution » ?

Nous n’analysons pas ordre par ordre, mais nous demandons au prestataire de services d’investissements (PSI) de démontrer qu’il a une politique de « meilleure exécution » régulièrement réévaluée, et en particulier qu’elle vise bien, pour l’investisseur de détail, à obtenir le meilleur coût global. Bien sûr, nous prenons en compte le fait que les investissements à faire pour avoir accès à d’autres sources de liquidité doivent être proportionnés à l’amélioration de prix qui pourra en résulter.

Comment améliorer la « best execution » dans la révision de la MIF ?

D’abord, il faut garantir la pérennité du dispositif en cessant de donner la primauté à la notion de « best execution » sur celle de transparence pre-trade. Ensuite, en améliorant la transparence post-trade via une véritable consolidated tape précise qui permettrait aux investisseurs et régulateurs de reconstituer parfaitement le « film », et de mieux apprécier la qualité d’exécution de l’ordre dans le contexte du marché.

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