Dossier Nouvelle donne sur les marchés

La compensation poursuit sa concentration à marche forcée

le 02/05/2013 L'AGEFI Hebdo

Outre une nécessaire course à la taille, la fusion d’EMCF et d’EuroCCP atteste la difficulté des nouveaux entrants à pérenniser leur modèle.

Le paysage européen de la compensation s’enrichit d’un nouveau poids lourd. Mi-mars, EuroCCP, filiale de l’américain DTCC (Depositary Trust and Clearing Corporation), et EMCF, détenue par ABN Amro et Nasdaq OMX, ont décidé d’unir leurs forces pour donner naissance à un « nouveau champion paneuropéen » de la compensation des marchés cash actions. « Nous espérons pouvoir lancer la nouvelle entité à la fin de l’année », a estimé Jan Booij, PDG d’EMCF. Objectif : lutter à armes égales avec les ténors du marché LCH.Clearnet et le groupe suisse SIX x-clear.

Baptisée EuroCCP et couvrant 19 pays, la nouvelle structure sera détenue à parts égales par les trois actionnaires actuels qui accueillent à leurs côtés Bats Chi-X Europe. La présence au tour de table de l’opérateur boursier alternatif constitue une demi-surprise. Son patron, Mark Hemsley, est un fervent défenseur de la concurrence et fait campagne de longue date pour favoriser l’émergence d’un nouvel acteur fort. Or « si ces chambres de compensation (CCP) ne sont pas pérennes, elles pourraient tomber dans les mains de concurrents, a-t-il expliqué lors de l’annonce de l’opération. C’est donc une bonne chose pour le marché d’avoir une plate-forme indépendante ».

Les clients d’EuroCCP et d’EMCF n’y perdent pas au change. Le jeu de la concurrence pourrait leur permettre de maintenir les prix de la compensation à la baisse, tout en réalisant des économies en termes de frais d’adhésion, de coûts de connexion, de gestion du « collateral » et, enfin, d’appels de marges.

Pour l’heure, cette alliance illustre la concentration à marche forcée de la compensation en Europe. Alors que LCH.Clearnet va tomber dans le giron du London Stock Exchange, SIX x-clear a fait main basse en décembre sur la norvégienne Oslo Clearing House, filiale de la Bourse d’Oslo. Dans un contexte de concurrence exacerbée et de chute brutale des volumes d’échanges sur les actions, la course à la taille est devenue une impérieuse nécessité. « La consolidation renforce le fait qu’il faut aujourd’hui traiter des volumes importants à bas coûts sur un marché à moindre marge », souligne Jean de Castries, directeur général d’Equinox Strategy. « Nous n’anticipons pas une reprise de la croissance des échanges sur les actions et il n’y aura probablement pas beaucoup de nouvelles plates-formes sur le marché, n'a pas caché Diana Chan, directrice général d’EuroCCP. C’est donc le bon moment pour que le post-marché devienne plus simple. »

Faible rentabilité

Ce mariage répond surtout à un impératif économique. « EuroCCP n’a jamais réussi à être rentable tandis que le niveau de rentabilité d’EMCF n’était probablement pas à la hauteur des attentes de ses actionnaires », avance Jean de Castries. De fait, alors que DTCC a investi plus de 100 millions d’euros dans EuroCCP, sa filiale a enregistré cinq années consécutives de pertes, dont une perte avant impôts de 15,8 millions d’euros en 2011. Les performances d’EMCF ne sont guères plus brillantes. Bien que dans le vert, l’opérateur a vu son bénéfice net divisé par deux en 2011, ressortant à 5,4 millions d’euros contre 10,3 millions un an plus tôt.

Mais EuroCCP et EMCF entendent aussi tirer pleinement profit de la mise en place de l’interopérabilité. Une démarche promue par l’Autorité européenne des marchés financiers (Esma) qui permet à plusieurs CCP de traiter avec différentes plates-formes boursiers, laissant ainsi aux utilisateurs le choix du fournisseur de la compensation. « Le fait d’avoir un acteur qui soit interopérable avec d’autres CCP historiques, à l’image de ce que LCH.Clearnet a déjà fait avec SIX x-clear pour les actions, fait sens pour les clients, relève Jean de Castries. Locaux ou internationaux, ils pourront alors faire le choix de la chambre de compensation qui leur convient le mieux. » Reste maintenant au nouveau EuroCCP à convaincre le marché sur la pertinence de son modèle.

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