Commerce mondial, le centre de gravité se déplace vers l’Asie

le 20/10/2011 L'AGEFI Hebdo

Le développement des échanges entre pays asiatiques devrait alimenter la croissance des transactions commerciales des quinze prochaines années.

Le court terme n’est pas le long terme. HSBC estime que, d’ici à 2025, les volumes mondiaux des échanges commerciaux croîtront de 73 %, avec une accélération entre 2016 et 2020, grâce au renforcement du commerce entre pays émergents. Cette prévision tranche avec le tableau actuel du ralentissement de la croissance du commerce de marchandises entre les principales économies mondiales.

La décélération en cours des échanges vient avant tout de la chute de confiance des entreprises européennes et américaines confrontées au risque croissant de récession. Elle s’ajoute au coup de frein apparu un peu plus tôt dans les pays émergents, résultat de la lutte contre l’inflation menée depuis plus d’un an. C’est ainsi que, selon les statistiques de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les importations totales des pays du G7 et des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) n’ont augmenté que de 1,1 % au deuxième trimestre, à comparer à une progression de 10,1 % au trimestre précédent.

Pour l’ensemble de l’année, « le ralentissement de la croissance des échanges concernant l’Asie ne sera pas aussi fort que l’on aurait pu l’imaginer », observe toutefois Joseph Lau, économiste de Société Générale, et ce malgré les faibles anticipations en matière de demande venant de l’Europe et des Etats-Unis.

Intrarégional

« Au cours des trois premiers trimestres, la croissance moyenne des exportations de toute l’Asie a été de 21,8 % en glissement annuel, à comparer à 30,5 % en 2010, rappelle l’économiste. La performance n’est pas si différente si l’on exclut de ce calcul la Chine, l’Inde et le Japon. » Elle est même meilleure. « La stabilité de la demande intrarégionale a été cruciale dans la résistance des exportations asiatiques », explique Joseph Lau. Les économies de l’Asean (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) ne manqueraient toutefois pas d’être affectées en cas de forte chute des commandes venant à la fois de l’Europe, des Etats-Unis et de la Chine. Ces trois pays comptent pour un tiers de leurs exportations directes.

A ce pessimisme à court terme répond un optimisme de long terme. A un horizon de quinze ans, les échanges asiatiques devraient continuer de s’étoffer. Selon les prévisions de HSBC (voir les graphiques), la Chine continuera d’être le premier acteur en termes de parts de marché du commerce mondial avec une croissance soutenue de ses échanges. Les exportations de l’Egypte devraient aussi croître fortement, un rattrapage après le coup d’arrêt lié aux événements du printemps arabe. Les économies des pays développées, en revanche, devraient être en perte de vitesse, comme la France, qui ne devrait représenter que 3,1, % du commerce mondial en 2025 (à comparer 3,9 % en 2010). Les entreprises françaises se tournent d’abord vers leurs homologues européennes, 78 % d’entre elles visent l’Allemagne pour leurs affaires commerciales. « Elles doivent mettre en avant leur capacité d’innovation et leurs services à valeur ajoutée, commente Hervé Solignac Lecomte, directeur du Trade Finance de HSBC France. Elles doivent profiter de l’affaiblissement de la concurrence lié au contexte actuel moins porteur pour prendre position hors d’Europe. » L’horizon de prospection doit être élargi. 

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