L'avis de... Gustavo Horenstein, gérant de fonds de fonds chez Dorval Finance

« Le climat des affaires s’est amélioré au cours de ces dix dernières années »

le 31/01/2013 L'AGEFI Hebdo

La mauvaise image de la Russie auprès des investisseurs étrangers est-elle justifiée ?

La Russie souffre d’une très mauvaise image à l’étranger, en particulier auprès des anglo-saxons qui défendent leur approche libérale de l’économie de marché. L’interventionnisme de l’Etat russe est très mal vu. Conséquence, les flux de capitaux nets ont encore été négatifs l’an dernier, cette fois de 57 milliards de dollars. Pourtant, le climat des affaires s’est amélioré au cours de ces dix dernières années. Selon le classement « Doing Business » de la Banque Mondiale évaluant ce critère pour 185 pays du monde, la Russie est mieux placée que le Brésil et l’Inde, et dépasse même la Chine lorsqu’il s’agit de lancer une nouvelle activité (voir le tableau page 14, NDLR). Les autorités russes ont réalisé que la corruption, un frein indéniable à l’investissement étranger et domestique, limitait considérablement l’exploitation du fort potentiel de leur économie. Signe de cette prise de conscience, la Russie a signé la Convention anticorruption de l'OCDE* en février 2012. Force est de constater que, depuis près de deux ans, de multiples mesures destinées à moderniser le fonctionnement du pays et sa transparence sont prises et commencent à être appliquées.

Les réformes financières qui viennent d’être lancées sont-elles pertinentes ?

Elles le sont. La refonte actuelle des infrastructures financières va faciliter l’accès des investisseurs étrangers aux marchés financiers russes. Grâce à la création d’un dépositaire central, il sera désormais possible d’acquérir des actions en direct à la Bourse de Moscou. Cette transformation permettra en outre de gommer l’écart de valorisation entre les différents titres des entreprises russes cotées à la fois sur diverses places de marché internationales (Londres, New York) et à Moscou. C’est ainsi qu’à terme, la décote des valeurs enregistrées à la Bourse russe devrait disparaître. Le passage, cette année, des grandes entreprises du pays aux normes comptables IFRS va également favoriser les échanges avec l’extérieur. Les sociétés étrangères n’auront plus à produire une documentation spécifique pour l’administration fiscale russe. Autre point positif, les actionnaires minoritaires des entreprises publiques cotées vont bénéficier de la nouvelle obligation qu’elles ont de distribuer au minimum 25 % de leurs résultats en dividendes.

Qu’attendez-vous de l’entrée de la Russie dans l’OMC** ?

Selon la Banque Mondiale, l’entrée de la Russie dans l’OMC en août dernier après 19 ans de négociations pourrait lui rapporter 3 points de PIB d’ici à 2015, une prévision ambitieuse. Je pense surtout qu’elle va lui permettre d’étoffer les investissements directs étrangers, une nécessité pour enclencher la diversification de son économie.

*Organisation de coopération et de développement économiques ; **Organisation mondiale du commerce.

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