La clé de l’investissement

le 21/02/2013 L'AGEFI Hebdo

Le rendez-vous de la France avec la Commission de Bruxelles, qui doit fixer vendredi ses objectifs de croissance et de déficits pour les pays de l’Union, annonce une longue période d’incertitudes supplémentaire dont entreprises et investisseurs devront, bon gré mal gré, s’accommoder. Les chiffres de la croissance cet automne ont découvert une récession que chacun pouvait pressentir depuis des mois. Aucun moteur n’est allumé : ni le commerce extérieur, dont le redressement n’est pas réellement entamé et qui demeure sous la double menace des cours du pétrole et de l’euro ; ni la consommation, qui se maintient à grand-peine ; ni l’investissement, qui signe une nouvelle année de grave contre-performance.

Le gouvernement en a tiré une conclusion, celle de renoncer à son objectif de réduction à 3 % des déficits publics. Il est douteux que Bruxelles s’en contente, et n’exige pas, soutenu par Berlin, plus d’efforts même si une certaine souplesse formelle ne sera pas absente de son discours. De la négociation qui suivra dépendront les performances que l’on pourra espérer de l’économie française dans l’avenir. Or le gouvernement n’a donné pour l’instant aucun signe de vouloir changer sa politique économique sur le fond en dépit de ses mauvais résultats.

Il le doit pourtant car son principe de base, qui consiste à donner priorité à une demande des particuliers structurellement anémiée en attendant la reprise européenne, ne conduit nulle part. Cette anémie trouve sa source dans une propension à épargner déjà ancienne et qui atteint aujourd’hui des sommets inquiétants. Tenter de les en dissuader par un changement des règles du jeu, fiscales notamment, serait un remède pire que le mal. Ce n’est que s’ils reprennent confiance en la capacité de l’économie à recréer des emplois, et partant à assurer le financement des retraites, qu’ils renonceront d’eux-mêmes à cette véritable poire d’angoisse. La variable-clé en la matière est l’investissement des entreprises qui suppose le rétablissement, tout à fait prioritaire, de la confiance de leurs dirigeants. Sonnés par la première année du quinquennat, ceux-ci sont surtout en quête de visibilité : en matière d’environnement social et fiscal et aussi de réduction du poids de la sphère publique et des déficits qui en résultent. Là est l’ardente obligation qui implique, pour y répondre, que le débat sur le sujet soit tranché à gauche, permettant aux responsables de l’Etat de sortir de leur impasse actuelle. Le renoncement à l’objectif des 3 %, que l’on tente de présenter comme une décision de bon sens alors qu’il s’agit d’un abandon pur et simple, ne présage rien de bon en ce qu’il nourrit l’ambiguïté et affaiblit, pour cette raison, la main politique du chef de l’Etat. C’est l’un des paramètres essentiels que guettent les marchés qui, comme le dragon des contes, ne dorment jamais que d’un œil.

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