La City défend ses intérêts bec et ongles

le 11/07/2013 L'AGEFI Hebdo

La perspective d'un référendum sur l'appartenance à l'Union européenne place Londres dans une situation difficile.

Une perspective de la City et de ses établissements financiers. Photo : Jason Alden/Bloomberg

De l’avis des observateurs, la City a mangé son pain blanc. Le nombre d’emplois, qui a repris un peu de vigueur depuis 2009, stagne désormais aux alentours de 314.000 et les exportations de services financiers sont à la baisse. Affaiblie par les scandales à répétition et l’intrusion constante du pouvoir politique, la place financière londonienne n’a pas dit son dernier mot : avec 37 % de part de marché, elle règne sur l’univers des changes, et son secteur bancaire se situe à la quatrième place mondiale en 2012 en montants d’actifs (source : CityUK). Plus récemment, ses efforts pour se transformer en plate-forme occidentale du marché du yuan lui donnent un sérieux avantage compétitif.

A la différence de l’avant-crise, la mentalité de « laissez-faire » a disparu au profit d’un renforcement réglementaire, au travers de l’introduction depuis le 1er avril d’une structure bicéphale - PRA (Prudential Regulation Authority) et FCA (Financial Conduct Authority) -, en remplacement de la FSA (Financial Services Authority) dont on attend désormais un jugement préventif. Avec l’arrivée d’un nouveau gouverneur à la tête de la Banque d'Angleterre (BoE) en la personne de Mark Carney depuis le 1er juillet, c’est une nouvelle ère qui commence : « Il faudra encore une génération de banquiers avant que l’on observe une profonde transformation des mentalités, estime cependant Lynton Jones, président du cabinet d’études Bourse Consult. Indépendamment des mesures réglementaires, c’est l’exercice du jugement moral des directeurs de banques qui fera la différence en dernier lieu. »

Dans l’attente d’une transformation culturelle, la City, qui a conservé le premier rang des places financières mondiales dans le classement du Z/Yen Group, maintient la pression pour défendre ses intérêts au sein de l’Union européenne. Sur la révision de la directive MIF (Marchés d’instruments financiers), le Royaume-Uni a marqué un point en obtenant l’insertion d’une clause stipulant qu'aucune décision prise par un régulateur ou par l'Autorité européenne des marchés financiers (Esma) ne doit désavantager un Etat membre en tant que prestataire de services d’investissement quelle que soit la devise. La capitale britannique a déjà assigné la Banque centrale européenne (BCE) devant la cour de justice de l’Union parce que cette dernière exige de la part des chambres de compensation qui traitent de transactions en euros qu’elles aient leur siège dans la zone euro, ce qui met LCH.Clearnet, chambre de compensation londonienne, dans une situation délicate.

Différends

Combative, Londres a néanmoins subi un revers dans le dossier du plafonnement des bonus imposé aux banquiers : « Cette limite risque de placer l’Union européenne dans une situation de concurrence défavorable face à d’autres centres financiers internationaux comme l’Asie et les Etats-Unis, soulignait alors Mark Boleat, en charge des questions réglementaires au sein du lobby City of London Corporation. Changer la structure de rémunération en enlevant l’élément de flexibilité dans cette industrie hautement cyclique n'arrangera pas les problèmes sous-jacents. » Les autorités britanniques suivent de près les derniers développements en matière d’union bancaire. « Jusqu’à présent, les mesures prises conviennent, constate Iain Richards, responsable de la gouvernance et de l’investissement responsable au sein de Threadneedle. Cependant, nous allons probablement voir arriver un certain nombre de modifications aux traités, susceptibles de poser la question du transfert de souveraineté ou encore de risques fiscaux contingents. »

Tout en faisant leur mea culpa sur le scandale du Libor, les autorités britanniques craignent que la supervision de ce taux leur échappe : « Même si nous sommes conscients que l’Union européenne souhaite que l’Esma joue un rôle, il est nécessaire d’examiner avec attention d’où le Libor peut être supervisé efficacement », défend Iain Richards. Au-delà de ses différends avec les instances européennes, le Royaume-Uni reconnaît que siéger à la table des négociations lui permet de faire entendre sa voix. Dans cette perspective, l’organisation, entre 2015 et 2017, d’un référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne est perçue comme une menace. « Ce référendum, qui a pour objectif de satisfaire une frange minoritaire d’Eurosceptiques au sein du parti conservateur, a déjà pour conséquence de reporter les décisions d’investissements », remarque Lynton Jones. Les observateurs regrettent l’immixtion des motivations idéologiques et politiques dans le débat. « Le succès de la City est lié de manière inextricable à l’Europe et il est essentiel que l’Europe continue à travailler dans l’objectif du marché unique, ce qui est tout à fait bénéfique en termes de croissance, d’investissement et d’emplois », considère Iain Richards. En dépit des dissonances, le lobbying de la City pour un maintien du Royaume-Uni dans l’Union devrait se durcir au cours des prochains mois.

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