Un homme, une équipe

Christophe Fritsch couvre le risque de catastrophes naturelles chez Axa IM

le 19/07/2012 L'AGEFI Hebdo

Le fondateur et responsable de l’équipe Insurance Linked Securities surfe sur le marché en croissance des « cat bonds ».

Christophe Fritsch couvre le risque de catastrophes naturelles chez Axa IM

Les émissions catastrophes ? Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elles ont le vent en poupe. « Ce sont des actifs qui offrent non seulement des rendements attractifs de l’ordre de 7 % annuels moyennant une volatilité de 3 % à peine, mais qui sont totalement décorrélés des marchés financiers puisqu’en lien avec la survenance de catastrophes naturelles », loue Christophe Fritsch, responsable de l’équipe ILS (Insurance Linked Securities) chez Axa IM. Dans les faits, les émissions catastrophes reposent sur un principe simple : pour se couvrir, les entreprises de réassurance et parfois même les assureurs eux-mêmes externalisent leurs risques sur les marchés auprès d’investisseurs prêts à perdre leur mise en cas de survenance d’une catastrophe naturelle précise : tremblement de terre, ouragan, tempête… Ces actifs d’un autre genre ont longtemps été réservés aux hedge funds. Or de plus en plus d’investisseurs traditionnels tels les assureurs, les fonds de pension et family offices y trouvent un réel intérêt. C’est fort de ce constat qu’en 2007, alors âgé de 32 ans, Christophe Fritsch monte de toutes pièces cette expertise au sein d’Axa IM autour de la gestion de portefeuilles spécialisés, convaincu par les vertus d’un produit qui « offre une totale transparence et permet une protection pour les assureurs sur leur exposition aux risques naturels extrêmes ». Un produit d’avenir au dire du jeune homme sur fond d’évolution réglementaire et d’exigences de couverture dans le cadre de Solvabilité II. En outre, cette activité « s’inscrit parfaitement dans le cœur de métier d’un gérant d’actifs affilié à un assureur, en ce sens qu’il s’agit de jauger une structure de risque et de définir si ce risque est suffisamment payant », poursuit-il.

Double culture

Aujourd’hui, Christophe Fritsch pilote une équipe de trois gérants, à la fois spécialistes de l’assurance et des marchés financiers. « Définir le prix des ILS consiste à jauger un risque actuariel », justifie le responsable d’équipe. Leur ambition est de construire des portefeuilles diversifiés que ce soit en termes de duration, de types de périls ou de zones géographiques couvertes. Si lui-même et ses trois collaborateurs ont pour fonction affichée celle de « gérant de fonds », chacun d’entre eux aborde l’activité sous un angle bien défini. Outre le management de son équipe, la gestion des deux fonds contractuels et de mandats dédiés, Christophe Fritsch s’est arrogé la mission d’assurer des roadshows afin d’aller au contact d’investisseurs potentiels et de réaliser un vrai travail pédagogique d’un marché qui reste encore étroit. A ses côtés, François Divet, le plus « senior » de cette équipe de trentenaires, partage la gestion des portefeuilles avec Christophe Fritsch. « Nous observons des contraintes de diversification calibrée via des modèles internes, explique-t-il. Les sous-jacents sélectionnés ayant une durée de vie relativement courte - de un à trois ans -, nous faisons tourner environ un tiers des portefeuilles chaque année. » Au-delà de la sélection fine des actifs de substitution, c’est bien la probabilité de perte qu’il faut estimer au plus juste. « Chaque 'cat bond' dispose d’une documentation fournie de 200 à 300 pages qui, entre autres, définit la modélisation catastrophe », précise François Divet. Il s’agit de la réalisation du péril et de l’estimation d’une perte, une donnée essentielle pour que les investisseurs, plus particulièrement ici l’équipe de gérants, déterminent le bien-fondé de la rémunération offerte par l’obligation. « L’estimation d’une perte dépend du type de couverture : indemnitaire, sur base de sinistre de marché, couverture paramétrique ou sur base du sinistre modélisé. Nous confrontons cette modélisation contractuellement définie avec nos propres modèles mais également ceux du 'risk management' du groupe », l’expertise de modélisation de l’assureur sur laquelle l’équipe emmenée par Christophe Fritsch peut s’appuyer. Si François Divet est spécialisé dans l’estimation modélisée de la perte, il se penche également sur la qualité des actifs mis en nantissement dans le véhicule émis et sur le resset : « Je dois m’assurer que les risques auxquels nous sommes exposés dans le cadre de l’augmentation d’un portefeuille d’un assureur émetteur ou du rapprochement de deux compagnies ne sont pas plus élevés pour nous », expose-t-il. Un travail qui s’opère par le passage au crible de la documentation relative à l’opération de rapprochement. Enfin, ce dernier fait figure de spécialiste des autres ILS (transactions privées) également présents dans les portefeuilles : des actions ou dérivés portés par le même type d’émetteurs et couvrant les mêmes risques que les obligations catastrophes.

Lecture tripartite de la documentation

Sylvain Buisine va pour sa part modéliser les périodes d’occurrence des risques couverts et leur saisonnalité. « Je discute avec les banques qui ont structuré l’émission pour tenter de savoir si d’autres opérations pourraient être émises prochainement, développe le jeune homme. Je réalise également une veille des stratégies d’émissions des émetteurs et nourris mes réflexions grâce aux produits de recherche et discussions avec des climatologues et sismologues regroupés au sein d’une société de consultants. Je reviens vers mes confrères avec un point de vue sur l’intérêt de l’émission étudiée et une proposition sur l’exposition que nous pouvons prendre. » Si ce dernier œuvre sur le marché primaire qui compte environ une quarantaine d’émissions par an, Idrisse Djany est pour sa part chargé des trades sur le marché secondaire, ainsi que plus globalement du volet opérationnel de la gestion des portefeuilles (suivi du règlement-livraison, vérification de chaque valeur liquidative…). C’est à lui qu’incombe la lecture des conditions contractuelles de l’émission et le passage au peigne fin de la structuration financière des nouvelles transactions. « Je vérifie la bonne définition des éléments couverts : une tempête en Europe ne peut être comparée à une tempête tropicale aux Etats-Unis, illustre-t-il. Je porte attention aux dispositions de type 'put'/'call' ou encore je m’assure que la clause de paiement du coupon est bien conforme au standard de marché. »

Cette lecture tripartite s’étire sur environ deux semaines au bout desquelles chacun des gérants présente sa grille de commentaires servant de base de réflexion à l’intégration, ou pas, d’une nouvelle ligne dans les portefeuilles. Si les risques couverts « ne surviennent que tous les 50 ou 100 ans », précise Christophe Fritsch, il n’empêche que certaines années sont plus sombres que d’autres. En témoigne 2011 qui s’est ouverte sur un tremblement de terre engendrant un tsunami qui a dévasté une partie du Japon. « Néanmoins, la diversification de nos portefeuilles a permis d’absorber les pertes causées par cette catastrophe naturelle », poursuit-il. Avec un peu de cynisme, on peut écrire que l’équipe de Christophe Fritsch devrait avoir de l’avenir, les spécialistes anticipant une franche augmentation de la fréquence et de l’intensité des ouragans d’ici à 50 ans.

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