Le chômage de très longue durée s'installe en France

le 16/05/2013 L'AGEFI Hebdo

Les moins de 25 ans et les plus de 50 ans sont les premiers touchés. Le nombre de demandeurs d'emploi depuis plus de trois ans augmente très vite.

La majorité des pays européens ont un point en commun : ils s’apprêtent tous à battre des records en matière de chômage. Seule l’Allemagne est susceptible d’échapper au lot commun. La crise, apparue tout d’abord sur les marchés financiers en 2007, puis répandue à l’ensemble de l’économie fin 2008, a pris une dimension sociale à partir de 2009. Depuis lors, les emplois sont détruits massivement sur le Vieux Continent et la légère amélioration de la conjoncture fin 2009 début 2010 n’a été que d’un piètre secours ; les créations d’emplois ont été trop peu nombreuses pour amorcer un recul du chômage. D’où l’alignement de statistiques spectaculaires : un taux de chômage de 27 % de la population active en Espagne ; un taux officiel de « seulement » 11 % en Italie masquant un taux d’emploi (proportion de la population en âge de travailler ayant un emploi) de 56 % parmi les plus faibles des pays de l’OCDE (64 % en France). Explication : la crise a eu pour effet de sortir 3 millions d’Italiens du marché du travail, ces derniers mettant une croix

définitive sur leur recherche d’emploi.

En France, le nombre de demandeurs d’emploi a progressé en mars pour le 24e mois d’affilée, battant le record de la fin des années 90 avec 3,22 millions de chômeurs de catégorie A (c’est-à-dire tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi). Une hausse de 11,59 % en un an correspondant à la chute brutale des offres d’emploi et un taux de chômage de 10,2 % (10,6 % avec l'outre-mer). Si on tient compte de toutes les catégories (5 en tout : d’« activité réduite » à « sans démarche positive de recherche »), les chômeurs sont au nombre de 5,35 millions.

Les jeunes diplômés aussi

Au centre des préoccupations et des politiques en matière d’emploi de la Commission européenne et des gouvernements de la zone euro, les jeunes sans emploi de moins de 25 ans représentent en France 26,4 % de leur catégorie. Si, jusqu’à maintenant, le chômage des jeunes concernait majoritairement des non-qualifiés, les députés européens ont approuvé il y a quelques semaines des mesures d’aide en faveur des jeunes diplômés (moins de 30 ans) au chômage, faisant comprendre que la détention d’un diplôme a perdu en efficacité et ne constitue plus une garantie contre le chômage. Les avis sont partagés puisque dans une note publiée récemment, le Conseil d’analyse économique (CAE), chargé de conseiller le gouvernement, suggère au contraire d’orienter les aides vers les jeunes peu qualifiés ; la France se caractérisant par un taux d’échec scolaire, et donc d’insertion sur le marché du travail, bien plus important que dans d’autres pays comparables.

Reste que le chômage des jeunes ne progresse pas plus vite (10,9 % sur un an) que la moyenne, à la différence des plus de 50 ans dont le nombre (690.000) représente une hausse de 17 % en douze mois. Les seniors ont en effet pour habitude d’être la variable d’ajustement dans les entreprises quand ces dernières sont confrontées à des difficultés. Le phénomène ne manque pas de sel en pleine période de réforme des retraites et d’appels généralisés à l’allongement de l’âge de cessation d’activité.

Mais la « nouveauté » apparue avec la crise économique est l’émergence d’un chômage de longue durée, voire de très longue durée. Les Etats-Unis ont découvert ce type de problème en 2010 avec la montée en flèche des demandeurs d’emploi inscrits depuis plus d’un an. Dans un pays où les droits à indemnité ne couraient que quelques mois, la découverte a été brutale. La plupart des pays européens (à l’exception encore une fois de l’Allemagne) sont pour leur part en train de passer d’un chômage de longue durée (plus d’un an) à un chômage de très longue durée (plus de trois ans). De nombreux bataillons de salariés arrivés dans les agences pour l’emploi début 2009 ne sont jamais revenus dans l’univers du travail. En France, l’ancienneté d’inscription de plus d’un an concernait en mars de cette année 1,895 million d’individus, soit une progression de 250.000 en un an. La hausse est encore plus rapide pour les inscrits depuis plus de trois ans, de 18,2 % en douze mois à 525.000 fin mars. En 2012, un rapport de la Dares rappelait qu’« une période longue de chômage peut entraîner une perte d’aptitudes professionnelles ». C’est le phénomène de « la dépendance à la durée », souligne la Dares, qui veut que la sortie du chômage diminue avec l’ancienneté d’inscription. Le phénomène qui crée les générations perdues.

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