Entretien avec... Antoine Brunet, directeur d’AB Marchés*

«Les Chinois s’emploient à dévaloriser l’image du dollar»

le 07/04/2011 L'AGEFI Hebdo

Pourquoi la Chine cherche-t-elle à internationaliser le renminbi ?

La volonté de Pékin est de s’emparer du privilège monétaire des Etats-Unis en remplaçant le dollar par le renminbi comme monnaie de réserve. Dans cette optique, au moment où le G20 discute de la réforme du système monétaire international, les autorités chinoises ont mis le billet vert en position d’accusé. Chaque fois qu’elles le peuvent, elles s’emploient à dévaloriser son image en soutenant tour à tour les droits de tirage spéciaux, l’euro ou l’or. La Chine attend une aggravation de la crise aux Etats-Unis, par exemple une crise de confiance dans les Treasuries ou un rejet du dollar par les banques centrales des pays exportateurs de matières premières. Alors, elle impulsera le renminbi et acceptera de le rendre convertible.

Le renminbi est-il vraiment sous-évalué ?

Entre juillet 2005 et juillet 2008, le renminbi s’est apprécié contre le dollar, mais seulement de 20 %. Surtout, il s’est dans le même temps fortement déprécié face à l’euro. Au cours de cette période, le renminbi s’est en réalité déprécié contre un panier de devises. Depuis, la Chine a stabilisé le cours autour de 1 dollar pour 6,56 yuans. Or la parité de pouvoir d’achat donne un taux de 3,93 en 2011, selon les estimations du Fonds monétaire international. Cela donne une idée de la sous-évaluation du renminbi. Le taux en parité de pouvoir d’achat était même de 2,08 en 2005 selon la Banque Mondiale, qui l’a ensuite révisé à 3,45 pour la même année.

Quelles sont les conséquences de la politique chinoise ?

La Chine continue de s’emparer de parts du marché mondial. L’erreur a été de la laisser entrer dans l’Organisation mondiale du commerce en 2001 armée d’une énorme sous-évaluation du renminbi. A cause de cela, même des pays comme l’Inde et la Turquie subissent des déficits commerciaux. Pour la plupart des pays occidentaux, les déficits sont massifs et récurrents. Entre 2002 et 2007, pour maintenir une croissance honorable, leurs gouvernements ont dû se lancer soit dans l’aventure immobilière comme aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou en Espagne, soit dans une fuite en avant budgétaire comme en France ou en Italie. Cela a enclenché la crise de 2007 dont ces pays ne sont toujours pas sortis.

*Co-auteur avec Jean-Paul Guichard de « La visée hégémonique de la Chine » - L’Harmattan

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