Chine, le ralentissement contrôlé de la croissance

le 15/09/2011 L'AGEFI Hebdo

L’activité décélère sous l’effet du resserrement de la politique économique. Le principal risque vient des Etats-Unis et de l’Europe.

Sur un marché de Pékin en juillet 2011. La priorité du gouvernement est toujours de maîtriser l’inflation. Photo : Adam Dean/Bloomberg

L’économie chinoise atterrit en douceur. Le PIB réel a augmenté de 9,5 % au deuxième trimestre en glissement annuel, après 9,7 % au premier trimestre et 10,3 % en 2010. La croissance trimestrielle s’établit même à 7,4 % en rythme annualisé (corrigée des variations saisonnières), ce qui montre qu’elle a un peu perdu de son élan. Les derniers chiffres mensuels des principaux moteurs de la croissance, l’investissement et la consommation, et les indices des directeurs d’achat pointent vers une légère décélération. Pour le Premier ministre Wen Jiabao, la situation est sous contrôle. « La croissance a un peu ralenti, mais c’est en grande partie le résultat voulu des contrôles macroéconomiques, a-t-il déclaré sur le site internet du gouvernement. Le ralentissement est raisonnable et ne dépasse pas nos attentes. » La priorité est donc toujours de maîtriser l’inflation (6,2 % en août en glissement annuel, contre 6,5 % en juillet), qui devrait continuer à baisser d’ici à la fin de l’année, ne serait-ce qu’en raison d’un effet de base. « L’objectif de la politique suivie est plus de se concentrer sur la qualité de la croissance que sur les chiffres, explique Steffen Dyck, analyste de Deutsche Bank. La relance budgétaire de 2008 qui s’estompe, le resserrement de la politique monétaire et les mesures pour contenir le boom immobilier jouent dans le sens d’un ralentissement. »

Les signes d’une normalisation de l’activité se généralisent. L’investissement subit l’effet de la politique monétaire (le taux d’intérêt de référence des crédits à 1 an a été porté à 6,31 %, contre 5,31 % en octobre 2010, et le ratio de réserves obligatoires des grandes banques est passé à 21,5 %, contre 17 % en novembre 2010). Il n’a progressé « que » de 22,7 % en août en glissement annuel et en nominal, contre 24,5 % en juillet et 25,2 % en juin. « Le gouvernement compte construire 10 millions de logements sociaux cette année, ce qui devrait aider à contrebalancer l’effacement progressif du stimulus extrêmement fort de l’an dernier », relativise Li Cui, chef économiste pour la Chine chez RBS. De plus, la politique monétaire n’est pas franchement restrictive. La Banque populaire de Chine vise une croissance de l’agrégat monétaire M2 de 16 % cette année, contre près de 20 % en 2010. Celle-ci s’élève à 13,5 % en août en glissement annuel. Une progression de 15 % à 16 % est suffisante pour soutenir une croissance des investissements supérieure à 20 % dans les années à venir, selon les calculs des économistes de HSBC.

Une moindre dépendance

Les ventes au détail ont ralenti à un rythme très modeste pour revenir à leur niveau d’avant-crise : +17 % en août en glissement annuel, contre +17,2 % en juillet, +17,7 % en juin. « La consommation a été très résistante grâce au marché du travail qui s’est tendu, notent les économistes de HSBC. L’économie est plus tirée par la consommation, qui a contribué pour une petite moitié à la croissance au premier semestre, contre un bon tiers l’an dernier. » En outre, les consommateurs devraient être confortés dans les prochains mois par le freinage de l’inflation et les baisses d’impôt sur le revenu en vigueur au 1erseptembre.

Le risque majeur pour la croissance est le coup de frein actuel que connaissent les Etats-Unis et l’Europe. L’excédent commercial a reculé en août (à 17,8 milliards de dollars, contre 31,5 milliards en juillet), les exportations du pays revenant d’un plus haut historique atteint en juillet (173 milliards de dollars, contre 175 milliards), tandis que les importations ont touché un record de 156 milliards de dollars (+30,2 % en glissement annuel). « Si l’on regarde le trafic de conteneurs, on peut déjà voir une baisse des exportations en volume dans certains endroits de Chine », dit William Fong, gérant chez Baring Asset Management. Le ministre du Commerce Chen Deming a averti que les exportations pourraient ralentir encore plus dans les prochains mois. « La Chine ne peut pas se découpler de l’économie mondiale qui est, après tout, un système fermé, affirme Steffen Dyck. La contribution du solde commercial à la croissance est faible, mais le secteur exportateur est très important pour l’économie en termes d’investissement et d’emploi. Les Chinois avancent vers une demande intérieure vraiment dynamique, mais ils n’y sont pas encore. »

Si le pays demeure dépendant des pays développés, il l’est de moins en moins. « L’Union européenne, les Etats-Unis et la Japon reçoivent 42 % des exportations chinoises, contre 52 % il y a dix ans, constate Dariusz Kowalczyk, économiste senior de Crédit Agricole CIB. La part du Brésil, de l’Inde et de la Russie est passée de 2 % à 7 %. » La Chine pourrait donc être moins touchée qu’en 2008 par une contraction du commerce mondial. En tant que pays-continent, elle est en meilleure position que d’autres pour affronter un retournement, selon Dong Tao, économiste de Credit Suisse.

Une politique monétaire plus stricte

Un nouveau stimulus budgétaire n’est pas à l’ordre du jour, puisque la priorité du gouvernement est toujours de freiner l’inflation. Pour l’instant, le policy mix reste neutre ou légèrement restrictif, selon William Fong. La Banque populaire de Chine a récemment demandé aux banques d’élargir la définition des réserves dont elles se servent pour respecter le ratio de réserves obligatoires. La nouvelle règle aura pour effet de retirer 900 milliards de yuans du système et équivaut à un relèvement du ratio de 100 à 150 points de base, selon GaveKal Dragonomics. « Désormais, même si les taux d’intérêt réels sont toujours négatifs, la politique monétaire devient légèrement restrictive », estime Dariusz Kowalczyk.

« Les autorités pourraient faire une pause dans le resserrement, mais elles ne vont pas relâcher leur politique, prévient Li Cui, qui prévoit une croissance de 9,4 % en 2011 et 9 % en 2012. Une nouvelle relance budgétaire est peu probable parce que ce n’est pas nécessaire étant donné la forte demande intérieure. La hausse de la dette publique limite aussi cette possibilité. » La dette publique s’élève à 42,9 % du PIB de 2010, selon les économistes de Bank of American-Merrill Lynch, ce qui laisse des marges de manœuvre. « Si la croissance ralentit à 7 % ou 7,5 %, le gouvernement prendra des mesures de soutien », assure Dariusz Kowalczyk.

Quelques ajustements ne sont pas à exclure, comme les récentes baisses d’impôt et la construction de logements sociaux. « Les responsables politiques sont focalisés sur la croissance et l’inflation, estime Li Cui. Ils ont un équilibre très délicat à trouver. A mon sens, une croissance plus faible est préférable pour calmer les pressions inflationnistes. Une croissance de 9 % et une inflation de 6 % peuvent ne pas avoir l’air trop mauvais comparé à d’autres pays, mais il y a un vrai risque que les anticipations d’inflation montent en flèche et que l’inflation soit plus difficile à combattre. » 

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