La Chine lance une zone pilote de libre-échange

le 24/10/2013 L'AGEFI Hebdo

Installée à Shanghai, elle est un avant-goût des réformes économiques dont les orientations générales pourraient être annoncées en novembre.

La zone franche pourrait s’étendre un jour à tout le quartier de Pudong. Photo : Nelson Ching/Bloomberg

La Chine a ouvert le 29 septembre une « zone pilote de libre-échange » à Shanghai, en guise de test pour les réformes économiques à venir, notamment la libéralisation de la finance. Il s’agit de l’initiative la plus ambitieuse depuis la création par Deng Xiaoping de la première zone économique spéciale à Shenzhen en 1980. L’objectif est non seulement d’aider Shanghai à devenir une place financière internationale à part entière d’ici à 2020, mais surtout, selon le gouvernement, d’« intégrer davantage la Chine dans la mondialisation ». La nouvelle zone pourrait servir à tester les conditions d’entrée des accords de libre-échange en cours de discussion (le traité bilatéral d’investissement avec les Etats-Unis et le partenariat transpacifique). L’expérience doit durer trois ans. Il est probable que la zone, qui regroupe quatre zones franches existantes sur 29 km², s’étende un jour à tout le quartier de Pudong. Selon les médias chinois, plusieurs villes ont manifesté leur intérêt à obtenir le même statut (Tianjin, Canton, Xiamen, Qingdao…).

Pour l’instant, les autorités n’ont donné que les grandes lignes des règles de la zone : réduction des contrôles administratifs, ouverture de secteurs clés aux investisseurs étrangers (y compris la banque, l’assurance santé, le crédit-bail, la gestion d’actifs et les cabinets d’avocats), établissement d’une « liste négative » d’investissements (ceux qui ne sont pas interdits sont autorisés), libéralisation financière (des taux d’intérêt, convertibilité du renminbi, ouverture du compte financier), simplification des procédures douanières, etc. Ces mesures, qui doivent être précisées au cours des prochains mois, sont concentrées sur le secteur des services. Celui-ci ne représente que 45 % du PIB chinois, selon CEIC.

Plus d’une trentaine d’entreprises ont déjà été autorisées à s’installer dans la zone, dont quelques banques étrangères (Citi, HSBC…). Côté français, BNP Paribas fait partie des élus, mais Société Générale et Crédit Agricole ne se sont pas portés candidats à ce jour. Les activités autorisées ne sont pas encore connues précisément, mais ces institutions comptent bien profiter de la libéralisation des taux d’intérêt et de la convertibilité du renminbi annoncées. La CBRC (China Banking Regulatory Commission) a annoncé que leur ratio de prêts sur dépôts (75 %) allait être assoupli.

Passeport

Cette ouverture est une aubaine pour d’autres acteurs de la finance. « A moyen terme, le 'pool' de liquidités en renminbi à Shanghai devrait grossir, ce qui amènera des sociétés étrangères à proposer des véhicules d’investissement, estime François Guilloux, directeur au sein de la société de conseil Z-Ben. Les autorités de marchés chinoises et hong-kongaises travaillent aussi à la création d’un passeport de fonds sur le modèle européen, qui pourrait voir le jour au premier trimestre 2014. La zone de Shanghai pourrait être un canal de distribution de ces fonds aux investisseurs chinois. »

Les annonces du gouvernement ont aussi fait des déçus. La liste négative comprend plus de 190 mesures. La libéralisation des taux d’intérêt et de change est bien prévue, mais à condition que les risques soient contrôlés. Et l’impôt sur les sociétés est maintenu à 25 %, alors que d’aucuns anticipaient une baisse à 15 %. L’absence du Premier ministre Li Keqiang, qui a porté le projet ces derniers mois, lors de la cérémonie d’ouverture a fait jaser sur l’opposition d’une partie des dirigeants chinois aux réformes économiques. « Attendons le troisième plénum du parti communiste en novembre et les réformes qui s’ensuivront, tempère Wei Yao, économiste à Société Générale. Pour l’instant, il est clair que le camp des réformateurs gagne du terrain » (lire aussi l'entretien).

L’une des questions en suspens est le degré de connexion permis entre la zone et le reste de la Chine. Le risque est soit d’en faire un trou noir aspirant le système financier chinois, soit une zone totalement isolée et sans grande utilité. « Toute libéralisation des flux de capitaux et des prix des marchés financiers mise en œuvre uniquement dans une région donnée entraînerait des possibilités d’arbitrage et de la spéculation », prévient Wei Yao. Réguler les interactions de la zone et du reste du pays sera donc compliqué.

De toute façon, le gouvernement prépare l’ouverture de la Chine tout entière. Selon l’indice Chinn-Ito, qui mesure l’ouverture du compte financier d’un pays en se fondant sur les rapports sur les régimes et les restrictions de change du Fonds monétaire international (le dernier date de 2012), celle-ci est toujours, d’un point de vue juridique, relativement fermée (davantage que le Zimbabwe et l’Iran par exemple). Mais en pratique, notamment grâce aux divers quotas d’investissement et aux circuits informels, les flux de capitaux entrants et sortants progressent. En mai, le gouvernement a annoncé qu’il élaborerait une feuille de route pour ouvrir le compte financier. Certains économistes misent sur 2015.

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