Chine, la croissance atteint le seuil d’alerte

le 19/07/2012 L'AGEFI Hebdo

Le gouvernement est contraint d’accélérer sa politique de relance pour atteindre son objectif de 7,5 % cette année et préserver l’emploi.

Vue de Shanghai, l’une des villes symboles d’une croissance exubérante et désormais ralentie.

Le gouvernement chinois laisse de plus en plus transparaître son inquiétude vis-à-vis de la situation économique. Wen Jiabao, le Premier ministre, a pointé les « pressions à la baisse relativement importantes » et annoncé une accélération de la politique de relance. La croissance a ralenti, passant de 8,1 % au premier trimestre à 7,6 % au deuxième trimestre. L’économie flirte avec la déflation puisque les prix à la production baissent depuis quatre mois (-2,1 % en juin). Pour l’instant, le marché du travail reste stable, mais les signes de faiblesse se multiplient. La confiance des ménages à propos de la situation de l’emploi à venir est au plus bas depuis 2009, selon la dernière enquête de la Banque populaire de Chine (PBoC, la banque centrale). Or en cette année de transition politique, le gouvernement ne peut pas se permettre de laisser des millions de travailleurs migrants sur le carreau.

La Chine est prise entre deux feux : le ralentissement de la demande extérieure, sous l’effet de la crise européenne, et la chute du marché immobilier. « Nos exportations en Europe ont carrément diminué au premier semestre, a relevé Zheng Yuesheng, porte-parole des Douanes. Les Etats-Unis sont devenus, à la place de l’Europe, notre premier marché à l’exportation. Cependant, la reprise américaine n’est pas encore stable. » D’autre part, les prix de l’immobilier baissent depuis septembre 2011 - et se sont stabilisés en juin (+0,05 % selon China Real Estate Index System). Or le secteur de la construction et de l’immobilier contribue à hauteur de 10 % à la croissance, selon GaveKal Dragonomics.

Ces derniers mois, les autorités ont pris plusieurs mesures de relance, sans engager de plan similaire à celui de 2009 (4.000 milliards de yuans), et tout en maintenant le marché immobilier sous contrôle. Depuis le début de l’année, la banque centrale a baissé le ratio de réserves obligatoires de 100 points de base, et le taux des crédits à 1 an de 6,56 % à 6 %, en autorisant les banques à descendre jusqu’à 4,2 %. Pour soutenir les exportations, la PBoC n'apprécie plus le renminbi par rapport au dollar (il a même baissé dernièrement de plus de 1 %). Le gouvernement, lui, a lancé de nouveaux projets d’infrastructures et de logements sociaux, augmenté certaines dépenses, comme les avantages fiscaux pour l’achat d’appareils électroménagers économes en énergie, et encouragé les investissements privés dans certains secteurs.

L’investissement comme moteur

La politique monétaire commence à produire ses effets. Les banques ont prêté 920 milliards de yuans en juin, contre 793 milliards en mai, et les investissements, notamment dans les infrastructures, sont repartis (+21,8 % en juin, contre +21 % en mai). Le marché immobilier montre également des signes de vie. « Depuis la baisse des taux d’intérêt, on observe une hausse des ventes et des prix à Pékin et à Shanghai », note Dariusz Kowalczyk, stratégiste de Crédit Agricole. La croissance pourrait rebondir à 8,3 % et 8,5 % au troisième et au quatrième trimestre, selon les économistes sondés par Bloomberg.

Le gouvernement devrait accélérer la relance pour être sûr d’atteindre son objectif de 7,5 % en 2012. Les économistes de HSBC s’attendent à une baisse supplémentaire du ratio de réserves obligatoires de 200 points de base cette année, à de nouvelles dépenses publiques (le gouvernement dispose de 3.000 milliards de yuans de dépôts), et à l’ouverture d’autres secteurs aux investissements privés. Ils estiment que « Pékin fera ce qu’il faut pour éviter un atterrissage brutal dans cette période politiquement sensible ».

Si la relance n’a pas la même ampleur qu’en 2009, son principal instrument reste l’investissement. Or selon les économistes de Citi, entre 2002 et 2008, il fallait 4 points d’investissement pour produire un point de PIB supplémentaire, et il en faut maintenant 5. Le gouvernement risque d’entretenir les déséquilibres nés du stimulus précédent (créances douteuses, spéculation immobilière) et de retarder le rééquilibrage de l’économie. De 2008 à 2011, la part de l’investissement dans le PIB est passée de 40,5 % à 46 %, selon CEIC Data. « Le changement de modèle économique nécessite une réforme des retraites qui abaisserait le taux d’épargne et encouragerait la consommation, et de mettre l’accent sur l’éducation et le progrès technologique », souligne Dariusz Kowalczyk.

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