La Chine adapte par petites touches le taux de change yuan-dollar

le 26/04/2012 L'AGEFI Hebdo

La Banque populaire de Chine a élargi la banque de fluctuation du renminbi, devenu plus volatil avec la chute de l’excédent commercial.

Petit à petit, les autorités chinoises adaptent le régime de change du renminbi (RMB) au rôle qu’il joue sur le plan régional tout d’abord, et au niveau international ensuite. Le processus est de longue haleine et se fait par petites touches. Le but final, espèrent les opérateurs sur les marchés des changes, est de parvenir à la convertibilité totale de la devise chinoise et à l’ouverture du compte de capital... dans plusieurs années.

La Banque populaire de Chine (PBoC) vient de franchir une nouvelle étape dans cette stratégie des petits pas le 16 avril dernier en élargissant la bande de fluctuation du yuan contre le dollar de + ou -0,5 % à + ou -1 %. Le précédent élargissement remontait à mai 2007 et succédait lui-même à une bande de + ou -0,3 % autour d’un taux central, la bande initiale du lancement du « crawling peg » en juillet 2005. « Depuis cette date, rappelle Bei Xu, économiste chez Natixis, le yuan a connu une appréciation nominale de 30 % contre le dollar. » Deux jours après l’annonce de la banque centrale, le 18 avril, la City of London, association représentant la place financière de Londres, annonçait le lancement d’un marché offshore du RMB. Objectif: devenir le « hub » occidental de la devise chinoise, une initiative soutenue par Bank of China, Barclays, Deutsche Bank, HSBC et Standard Chartered. Pas question pour autant de concurrencer Hong Kong, de loin le premier marché offshore du RMB. Londres représente le quart de ce marché avec 110 milliards de yuans (11 milliards de livres sterling) en dépôt dans les banques. « Cet accord n’est pas important d’un point de vue quantitatif. Il l’est en revanche sur le plan qualitatif puisque Londres est la première place mondiale pour le marché des changes », commente Bei Xu.

Volatilité accrue

Un pas beaucoup plus significatif avait été réalisé en décembre dernier. Il visait à utiliser le yen et le yuan pour les échanges commerciaux bilatéraux entre la Chine et le Japon, la possibilité pour le Japon d’acheter des obligations chinoises ou de financer en RMB des investissements directs, bref de développer un marché des changes entre les deux monnaies. Si on ajoute une série d’accords de swap de change avec plusieurs pays émergents, « il est clair que les pays asiatiques, qui concentrent plus de la moitié des réserves de change mondiales, cherchent à réduire leur dépendance vis-à-vis du dollar pour leurs échanges commerciaux », note l’économiste de Natixis.

L’élargissement de la bande fluctuation est une sorte d’officialisation sur le marché de la volatilité accrue « dans les deux sens » du change dollar-yuan et de la disparition du biais directionnel qui prévalait jusqu’ici, estiment les économistes de Standard Chartered. Selon ces derniers, il ne faut pas comprendre cette mesure comme une volonté d’apprécier le yuan : « Les autorités chinoises ont la conviction que le yuan est proche de sa valeur dans la mesure où l’excédent de la balance des comptes courants diminue rapidement, sans doute en dessous de 2 % du PIB dès cette année. » Pour les analystes de Crédit Agricole CIB, l’appréciation du yuan contre le billet vert n’est pas pour autant arrivée à son terme. Ils tablent sur une parité dollar/RMB de 6,20 en fin d’année contre 6,30 environ aujourd’hui.

Avec la diminution rapide de l’excédent commercial chinois, « les pressions à l’appréciation du RMB s’estompent et la volatilité s’accroît à la hausse comme à la baisse », confirme Bei Xu, ce qui « permet aux autorités chinoises d’élargir la bande fluctuation sans prendre de risque ». Il y a cinq ans, le solde des échanges commerciaux de la Chine avec le reste du monde dégageait un surplus de 8,6 % du PIB. Aujourd’hui, l’excédent commercial a été ramené autour de 2 %, les importations augmentant plus vite que les exportations. Ce qui diminue d’autant le solde des comptes courants. Le mouvement est rapide. Au premier trimestre 2012, le solde commercial a dégagé un excédent de 1,15 milliard de dollars. Un an plus tôt, le solde était encore positif de 10,7 milliards. De plus, près de 10 % du commerce extérieur du pays est désormais libellé dans la devise chinoise. « Il est difficile de prévoir avec exactitude quand l’excédent commercial s’effacera. Le solde reviendra peut-être à l’équilibre d’ici à deux ans », estime Bei Xu.

A lire aussi