La Chine accroît sa détention de titres d’Etat européens

le 20/01/2011 L'AGEFI Hebdo

Pékin détient 500 milliards d’euros de titres souverains de la zone euro, soit 6 % du total de leurs dettes publiques.

A la méfiance des marchés vis-à-vis de certains titres publics de la zone euro répond la confiance de la Chine et du Japon. Tokyo vient d’annoncer son intention d’acheter le cinquième de l’émission de janvier de l’EFSF (Fonds européen de stabilité financière), et Pékin acquiert des obligations de l’Etat espagnol tout en se disant intéressé par des titres de l’ESM (Mécanisme de stabilité européen). La nouveauté dans ces achats est la publicité qui en est faite. C’est le ministre des Finances japonais lui-même, Yoshihiko Noda, qui a mis sur la place publique l’information concernant l’intention de son pays d’apporter sa contribution au EFSF et de se doter de titres européens.

Un quart des réserves en euros

Car pour le reste, il y a déjà longtemps que Chinois et Japonais achètent en secret des titres souverains européens. Le silence sur ces flux est dû au fait que les banques centrales et les Etats n’ont pas pour habitude de dévoiler la composition de leurs portefeuilles et leur politique d’achats de titres. « Une dizaine de pays seulement publient la composition de leurs réserves de change et la Chine n’en fait pas partie », explique Bei Xu, économiste de Natixis. « Les seules statistiques à propos de la Chine auraient été fournies par la Safe, l’administration d’Etat des réserves de change. Elles concernent la composition en devises de ces réserves : 65 % en dollars, 26 % en euros, 5 % en livres sterling et 3 % en yens. » Soit à peu près la répartition moyenne des réserves mondiales de change, selon le chiffrage du Fonds monétaire international.

Toute la question est de savoir si les autorités chinoises vont surpondérer l’euro par rapport au billet vert. Rien ne l’indique. Pour le moment, Pékin se contente de maintenir la répartition en devises de ses réserves. Or comme en 2010, elles se sont accrues de 500 milliards de dollars, la Chine a mécaniquement investi en euros l’équivalent de 100 milliards de dollars. Au cours des premiers mois de 2010 et du flight-to-quality obligataire, les marchés financiers bruissaient de rumeurs sur des achats massifs de Bunds de la part de la Chine ; les titres publics allemands jouissant de leur statut de valeur refuge.

Mais ces derniers temps, si les réserves chinoises n’ont cessé de croître, les excédents commerciaux ont en revanche diminué. « La baisse de l’excédent commercial ne se traduit absolument pas par une baisse parallèle des réserves, indique Christian Parisot, chef économiste d’Aurel BGC. Tout simplement parce que le pays connaît un afflux de capitaux spéculatifs. » Au dernier trimestre 2010, la Chine a accumulé un record de 214 milliards de dollars de réserves de change supplémentaires. Etant donné la contraction de l’excédent de la balance courante, l’afflux de hot money est évalué à 117 milliards de dollars, estiment les économistes d’ING IM.

« Des réserves de 2.850 milliards de dollars investies à 26 % en euros en supposant que 90 % de ces réserves sont des titres publics, le calcul est vite fait : 660 milliards de dollars investis en titres souverains européens, soit 500 milliards d’euros », chiffre Bei Xu. Ramené aux 8.660 milliards de stock de titres souverains en euros, la Chine détient 6 % de la dette publique des pays de la zone euro. Le montant est important mais bien moindre que celui détenu en avoirs américains. Pékin détient environ 10 % des bons du Trésor américain. Il faut ajouter un volume important d’obligations émises par les agences hypothécaires, Fannie Mae et Freddie Mac. « De plus, les investissements aux Etats-Unis peuvent passer par les places de Londres ou Hong-Kong, et dans ce cas ne sont pas comptabilisés comme des flux chinois », ajoute Bei Xu.

L’Europe, zone primordiale

« Vis-à-vis de la zone euro, la Chine n’a pas changé de comportement, estime l’économiste de Natixis. Elle préserve la répartition en devises de ses réserves vers une zone commerciale primordiale, l’Union européenne (UE) absorbant 20 % de ses exportations. » L’UE constitue le premier marché au monde pour l’industrie chinoise, devançant les Etats-Unis (18,5 %). Dans ce pays, les achats chinois de Treasuries ne font pas véritablement débat et les polémiques portent sur l’autre versant : le déficit commercial bilatéral et la sous-évaluation du yuan vis-à-vis du dollar. Or sur le sujet des taux de change flexibles, les Européens se montrent beaucoup moins virulents. Sur le Vieux Continent, la problématique des dettes publiques est devenue autrement plus cruciale que les importations made in China. D’autant que l’industrie allemande est le premier importateur en Chine.

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