La Chine accélère son ouverture financière

le 14/06/2012 L'AGEFI Hebdo

Internationalisation du renminbi, promotion des investissements étrangers… les réformateurs ont le vent en poupe.

La Banque populaire de Chine a passé des accords de swaps avec 17 pays pour 1.650 milliards de yuans depuis 2008.

La Chine se voit dans l’obligation de multiplier les réformes d’ouverture à mesure que les bénéfices de son adhésion à l’Organisation mondiale du commerce en 2001 s’estompent. Le gouvernement doit mettre en œuvre une politique de relance (la croissance a ralenti à 8,1 % au premier trimestre, contre 9,2 % en 2011), et la Banque populaire de Chine (la banque centrale) est intervenue plusieurs fois pour compenser des sorties de capitaux et soutenir le renminbi. Guo Shuqing, président de la CSRC (China Securities Regulatory Commission), a même déclaré que « les conditions étaient extrêmement favorables pour promouvoir la convertibilité du renminbi pour les opérations du compte de capital », tout en précisant qu’elle serait progressive.

Sur le front commercial, les autorités ont autorisé en mars tous les exportateurs chinois à accepter les paiements en renminbi, un élargissement important par rapport aux 67.000 entreprises éligibles jusque-là. Depuis juin 2010, tous les importateurs peuvent aussi payer leurs achats en monnaie chinoise. Résultat, les échanges de la Chine réglés en renminbi se sont élevés à 580 milliards de yuans au premier trimestre, soit 10,7 % de son commerce, selon la banque centrale. Toutefois, une partie de ces transactions se fait entre des entreprises chinoises et leurs filiales à Hong Kong, notamment pour bénéficier des taux d’intérêt et de change différents dans la place offshore. Seuls 2,5 % des paiements de la Chine et de Hong Kong avec le reste du monde sont libellés en renminbi (contre 65 % en dollars et 8 % en yens), selon Swift.

L’un des schémas d’arbitrage utilisés est le suivant : une maison mère demande à sa banque une lettre de crédit pour payer une livraison de sa filiale, que celle-ci utilise comme garantie pour obtenir un prêt à un taux d’intérêt moins élevé. Ces derniers mois, les créances des banques hong-kongaises sur leurs homologues de Chine continentale, qui comprennent les lettres de crédit, ont explosé : 1.529 milliards de dollars hong-kongais en février selon la Hong Kong Monetary Authority (HKMA), contre 252 milliards en juin 2009, lorsque le programme de règlement des échanges en renminbi a été lancé. « Fin 2010, la HKMA a pris plusieurs mesures pour lutter contre ce type d’arbitrage, tempère Woon Khien Chia, stratégiste de RBS. Par exemple, toute lettre de crédit de plus de trois mois est considérée comme un prêt extérieur. » La HKMA exige aussi des banques qu’elles vérifient que les paiements en renminbi soient liés à des transactions commerciales, et limite leurs positions sur le marché des changes.

Accords de swaps

La Chine continue de signer des accords de swaps avec des banques centrales étrangères (avec 17 pays pour 1.650 milliards de yuans depuis 2008), et de promouvoir la finance renminbi offshore. La China Development Bank prévoit d’octroyer des prêts en renminbi à ses homologues du Brésil, de Russie, d’Inde et d’Afrique du Sud. A Hong Kong, les crédits en renminbi et les obligations dim sum, dont les taux d’intérêt restent inférieurs à ceux des prêts onshore, continuent à se développer. Les émissions d’obligations dim sum atteignaient 103 milliards de yuans début mai, soit plus de la moitié de celles de 2011, selon HSBC. En outre, la liquidité du marché des changes s’améliore, les transactions au comptant dépassant 2 milliards de dollars par jour, selon Standard Chartered.

Les initiatives en termes d’infrastructures sont nombreuses. Un responsable de la banque centrale a annoncé mi-avril le développement d’une plate-forme de règlement et de compensation en renminbi, le China International Payment System (CIPS), pour permettre aux banques internationales d’être en lien direct avec des banques chinoises. « Ce système devrait offrir un canal alternatif au renminbi pour entrer et sortir de Chine, en complément de la Bank of China à Hong Kong et des banques mandataires onshore », expliquent les économistes de Standard Chartered. En mars, la HKMA, Euroclear Bank et JPMorgan sont convenus de lancer avant fin juin un dispositif transfrontalier de gestion du collateral afin que les banques internationales puissent obtenir plus facilement de la liquidité en renminbi.

Londres

En termes de produits, HSBC a émis en avril à Londres les premières obligations en renminbi hors de Chine et de Hong Kong. Le Shanghai Futures Exchange souhaite lancer cette année un contrat sur le pétrole, en renminbi et en dollars, ouvert aux investisseurs étrangers, qui se verraient attribuer un quota. Hong Kong Exchanges and Clearing, le groupe CME et le London Metal Exchange prévoient aussi de lancer des services et des contrats en renminbi.

Le marché offshore montre toutefois des signes de faiblesse. Les dépôts en renminbi à Hong Kong ont baissé à 554 milliards de yuans en mars, contre 627 milliards en novembre, selon la HKMA. « Les entreprises étrangères sont toujours réticentes à accepter le renminbi car il y a peu de possibilités d’investissement offshore et les rapatriements onshore sont soumis à l’autorisation de la State Administration of Foreign Exchange (Safe) », estime Dariusz Kowalczyk, économiste de Crédit Agricole CIB. En effet, le marché des obligations dim sum n’est pas très liquide (200 à 300 millions de yuans de volume par jour, selon Standard Chartered) et composé principalement de certificats de dépôt.

Les autorités ont franchi un cap en élargissant mi-avril la bande de fluctuation du renminbi onshore (CNY) par rapport au dollar, de 0,5 % à 1 %, et en levant certaines limites pour les banques sur le marché des changes. « A mesure que le marché offshore se développe, la banque centrale doit progressivement dissiper les divergences entre les deux régimes de change pour minimiser les risques d’arbitrage », analyse Woon Khien Chia. Depuis le 1erjuin, le renminbi et le yen peuvent s’échanger directement à Tokyo et à Shanghai, et les banques internationales offrent de plus en plus de taux entre le renminbi offshore (CNH) et d’autres devises.

Selon l’indice Chinn-Ito, qui mesure l’ouverture du compte de capital d’un pays en se fondant sur les rapports sur les régimes et les restrictions de change du Fonds monétaire international, la Chine reste, d’un point de vue juridique, relativement fermée par rapport aux autres grandes économies : elle obtenait un score de -1,16 en 2010 sur une échelle de -1,84 à 2,48, contre 2,46 pour les pays du G7. « La Chine a toujours des contrôles de capitaux considérables, mais elle est en train de les démanteler de manière prudente et sélective, nuancent les économistes Eswar Prasad et Lei Ye. Par conséquent, le compte de capital du pays est de plus en plus ouvert dans les faits. »*

Quotas

Le gouvernement a augmenté en avril le quota des qualified foreign institutional investors (QFII) de 30 à 80 milliards de dollars, et celui des renminbi QFII, qui autorise des investisseurs à investir des yuans levés offshore sur le marché onshore, de 20 à 70 milliards de yuans. La CSRC étudie aussi la possibilité d’allouer des quotas à des hedge funds. « Shanghai avait également approuvé cinq fonds de ‘private equity’ dans le cadre de son programme pilote ‘qualified foreign limited partnerships’, ajoute André Loesekrug-Pietri, président du fonds Europe-Chine A Capital. Toutefois, en mai, la National Development and Reform Commission - le ministère du Plan - a fait comprendre que ceux-ci ne seraient pas considérés comme des investisseurs domestiques, et devraient donc respecter le catalogue des investissements étrangers, ce qui est un revers pour le programme QLFP. » Enfin, depuis octobre 2011, les investissements directs étrangers (IDE) en Chine avec des fonds en renminbi levés offshore sont autorisés.

Dans l’autre sens, le gouvernement a renforcé la priorité donnée aux investissements chinois à l’étranger (ODI). « Pour la première fois, le douzième plan quinquennal fixe un objectif quantitatif pour les ODI, celui d’égaler les IDE d’ici à 2015, indique André Loesekrug-Pietri. Si le rythme de croissance de 16,9 % par an se poursuit, nous prévoyons que les groupes chinois investiront 800 milliards de dollars supplémentaires entre 2012 et 2015. »

La Chine doit continuer à ouvrir son compte de capital puisqu’elle veut faire de Shanghai le centre mondial du renminbi en 2015. « Si, d’ici là, les autorités ne sont pas prêtes à l’ouvrir entièrement, elles pourraient faire de Shanghai une place offshore comme Hong Kong », prévoit Woon Khien Chia.

*The Renminbi’s Role in the Global Monetary System, février 2012.

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