L'avis de... Christian Parisot, chef économiste d'Aurel BGC

« La chimie se relocalise outre-Atlantique grâce au gaz de schiste »

le 07/06/2012 L'AGEFI Hebdo

Propos recueillis par Guy Marchal

La réindustrialisation de l’économie américaine est-elle un phénomène réel et structurant pour les années à venir ?

Pour l’instant, la réindustrialisation est manifeste dans un secteur bien précis, celui de la chimie. Des dirigeants de BASF, de DuPont de Nemours et de Dow Chemical ont affiché leur intention d’augmenter le nombre de leurs usines sur le sol américain. Plus précisément, BASF a programmé une hausse de ses capacités de production aux Etats-Unis de 5 % par an jusqu’en 2020. Le principal argument de cet engouement du secteur pour le « made in America » est celui du gaz de schiste qui réduit les coûts de production au point de les aligner sur les coûts asiatiques. Le secteur de l’acier devrait pouvoir aussi tirer parti de cette baisse des coûts de l’énergie, mais pour l’instant, il n’y a pas eu d’annonces concrètes, même si US Steel enregistre un recul de ses coûts de production.

L’impact de ce mouvement est-il perceptible dans les statistiques conjoncturelles ou du commerce extérieur ?

Les dernières données disponibles montrent que la production de l’industrie manufacturière a progressé en glissement annuel de 5 % outre-Atlantique. On doit une grande partie de ce résultat pour le moins remarquable au secteur automobile qui rebondit après être tombé au fond du gouffre. De 17 millions d’automobiles par an avant la crise, la production a chuté à 8 millions au plus bas et se situe aujourd’hui à 14 millions d’unités. L’automobile est symptomatique de la division mondiale du travail. Les ruptures d’approvisionnement pour certaines pièces de constructeurs nippons ont créé un report de la demande sur leurs concurrents américains. A côté de l’automobile, le secteur aéronautique se porte bien lui aussi, avec Boeing qui a devant lui dix années de carnets de commandes. De leur côté, les échanges extérieurs bénéficient en ce moment de la bonne tenue des exportations vers l’Amérique latine et, plus étrangement, vers l’Europe. Il est délicat de vouloir lire dans ces statistiques un début de réindustrialisation de l’économie américaine.

Des critères comme le niveau des salaires ou la compétitivité entrent-ils en ligne de compte dans le fait que l’industrie américaine retrouve des couleurs ?

Ce n’est qu’une petite composante dans la compétitivité globale des secteurs que je vous ai cités. Leur caractéristique première est d’être gourmands en énergie et la révolution de la baisse des coûts énergétique par l’utilisation du gaz de schiste constitue la principale explication de leur relocalisation aux Etats-Unis.

A lire aussi