L'avis de... Karine Hirn, fondatrice associée d'East Capital et responsable du bureau de Shanghai

« Le changement de ton de la PBoC est une évolution majeure »

le 04/07/2013 L'AGEFI Hebdo

Comment analysez-vous les tensions sur le marché interbancaire chinois ?

Ces tensions proviennent de toute une conjonction de facteurs. La période est propice à un assèchement des liquidités : échéances fiscales en mai pour toutes les entreprises, et festival des bateaux-dragons durant trois jours début juin, au cours desquels administrations et entreprises sont fermées. C’est aussi le moment où les banques s’adonnent à la revue de leurs crédits auprès des entreprises afin de délivrer les rapports semi-annuels demandés par les autorités chinoises. Le décalage entre la forte progression du crédit et le ralentissement de la croissance du PIB a dû interpeller la PBoC (Banque Populaire de Chine). La banque centrale est en droit de se demander où passent les liquidités qu’elle injecte dans l’économie et qui en bénéficie. Cette situation explique le bras de fer qu’elle a engagé avec les banques commerciales, leur indiquant qu’elles ne devaient plus s’attendre à compter indéfiniment sur un flux de liquidités abondant tout en les sommant d’en améliorer la gestion. Ce changement de ton est une évolution majeure pour les banquiers chinois, habitués à ce que le gouvernement vienne systématiquement à leur rescousse. Une autre explication de la lenteur de la PBoC à réinjecter des liquidités dans le système bancaire pourrait être l’expression de sa rivalité avec la CBRC (China Banking Regulatory Commission), autorité de régulation qu’elle juge trop laxiste.

Une crise systémique est-elle envisageable ?

En théorie, non. L’Etat a tout à fait les moyens de recapitaliser les banques si nécessaire, quitte à puiser dans les réserves de change gigantesques du pays. Le risque majeur, toutefois, est de déclencher une crise de confiance conduisant à une fuite des dépôts bancaires - qui financent les infrastructures et les grands projets de l’Etat -, si les classes moyennes et les ménages fortunés venaient à s’inquiéter de la solidité de leur banque.

Quel est l’effet du changement de ton de la Réserve fédérale ?

La perspective de la moindre injection de liquidités de la part de la Fed a provoqué beaucoup de volatilité sur tous les marchés ainsi qu’une correction marquée. Cependant, l’anticipation d’une politique monétaire moins accommodante n’est-elle pas le signe d’une amélioration des fondamentaux économiques américains ? A moyen terme, les sociétés chinoises exportatrices pourraient en profiter, de même que leurs cours de Bourse.

A lire aussi