Changement radical de la BCE sous la présidence Draghi

le 08/11/2012 L'AGEFI Hebdo

Le patron de la banque centrale a réglé le problème de liquidités des banques et calmé la tourmente sur les marchés de dettes souveraines.

Le 1er novembre 2012, Mario Draghi a fêté son premier anniversaire à la présidence de la Banque centrale européenne (BCE). Ce qui devait être une transition dans la continuité pour nombre d’observateurs a aujourd’hui l’allure d’une rupture dans la politique monétaire.

Sa nouvelle méthode a été couronnée de deux succès majeurs. Tout d’abord, la fermeture du marché interbancaire et la crise de liquidités qui secouaient fin 2011 le secteur bancaire de la zone euro ne sont plus qu’un désagréable souvenir. Ensuite, l’abandon forcé de l’euro de la part d’un pays périphérique n’est plus un scénario sérieusement pris en compte sur les marchés financiers.

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Ces succès sont ternis par la mise en échec de la transmission de la politique monétaire à l’économie réelle : le canal du crédit au secteur privé demeure obstrué. Ce point noir ne peut être attribué intégralement à la seule BCE ; il doit beaucoup à la récession économique, à la réduction du bilan de banques et au fait que ces dernières ont utilisé les liquidités octroyées pour acheter des titres souverains.

L’innovation financière a été payante pour la politique non conventionnelle de la BCE. La banque centrale a engrangé un maximum de crédibilité avec ses deux opérations LTRO (long term refinancing operations) à 3 ans de décembre 2011 et février 2012. La transfusion nette de liquidités aux banques a été de 530 milliards d’euros. Ensuite, les propos de Mario Draghi fin juillet sur « l’euro irréversible », plus le lancement de l’OMT (Outright Monetary Transactions), le programme de rachats illimités de titres souverains, ont ramené l’accalmie sur les marchés des titres souverains. « Le nouveau président a adopté une politique proche de celle de la Fed », résument Patrick Legland et Daniel Fermon, de Société Générale CIB. « Depuis fin 2011, les mesures non conventionnelles de la BCE ont eu un impact significatif à la baisse sur les taux d’intérêt, et le lancement de l’OMT devrait resserrer les ‘spreads’ des souverains périphériques » avec le Bund allemand, constatent-ils.

L’histoire n’est certes pas finie, mais pour l’instant la résolution de la crise doit une fière chandelle à Mario Draghi. Surtout si on y ajoute l’union bancaire et la prochaine supervision des 6.000 banques de la zone au niveau de la BCE ou encore l’instauration d’une communication réussie avec les dirigeants politiques européens. Mario Draghi vient d’apporter son soutien à l’idée allemande d’un commissaire pour la zone euro. « En tant que seule institution pan-zone euro, des liens forts avec les politiques sont inévitables et même souhaitables », indique Paul Mortimer-Lee, de BNP Paribas CIB.

Reste la politique conventionnelle de gestion des taux directeurs. Entre novembre et juillet, la BCE a ramené son taux refi de 1,50 % à 0,75 %. Là aussi, elle a innové en amenant le taux bas du corridor, celui de la facilité de dépôt, à zéro, supprimant toute rémunération des liquidités des banques. Quel sera le prochain mouvement ? « Emmener le taux de la facilité de dépôt en territoire négatif pourrait avoir plus d’impact sur les marchés que de réduire le taux directeur », estime Laurence Boone, économiste de Bank of America Merrill Lynch. Un taux directeur négatif ! La rupture serait totalement consommée. 

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