Rencontre avec... Jean Eyraud, président de l’AF2I* et responsable de la commission Placements de l’AFTE**

« Cette réglementation pourrait avoir des effets pervers »

le 10/10/2013 L'AGEFI Hebdo

L’AF2I a réagi assez fermement au projet de réforme des fonds monétaires en Europe. Que lui reprochez-vous ?

Nous ne croyons pas au bien-fondé de cette nouvelle réglementation. Ce projet, dont l’objectif initial est de sécuriser les fonds monétaires européens, pourrait avoir des effets pervers et créer des comportements procycliques pouvant entraîner une défiance des investisseurs. Ce texte crée une batterie de dispositions qui, appliquées en l’état, pourraient déstabiliser l’univers de la gestion d’actifs.

En quoi les futures règles risquent-elles d’affecter le financement des entreprises ?

La menace tient à plusieurs règles qui, combinées, se surajouteraient à un environnement déjà contraint. Ainsi, par exemple, l'organisation obligatoire d'un processus interne complexe de notation aura un coût que peu de sociétés de gestion pourront supporter, alors qu’elles ont déjà réduit leurs frais de gestion pour conserver une certaine attractivité aux fonds monétaires. En outre, le règlement, très détaillé, va entraîner une uniformisation des modes de raisonnement. La conséquence prévisible en sera une concentration progressive de l'univers autour de quelques sociétés de gestion avec un accroissement tendanciel des encours de leurs fonds, entraînant une difficulté plus grande à gérer des petites lignes de titres de créances négociables (TCN). S'y ajoutera en même temps l'impossibilité de remplacer, dans un délai bref, les capacités d'analyse des agences de notation, notamment sur les signatures privées, et de justifier, comme le demanderait le règlement européen, les notes de tous les papiers en portefeuille, pouvant provoquer un repli sur les émetteurs les plus connus aux plus gros encours de billets de trésorerie ou de TCN (Etat, financières et industrielles).

Quelles sont les actions que les entreprises ont en vue ?

Nous avons de nombreuses propositions concrètes pour diminuer la pression sur la gestion monétaire, pour tirer parti de la croissance du financement désintermédié et favoriser l'éclosion de nouvelles formes de gestion et de signatures. L’une d’elles est de créer une nouvelle catégorie de fonds monétaire, les « monétaires crédit », qui donnerait une place plus importante aux signatures de qualité investment grade rejetées tant par la réglementation actuelle que par les dispositions de ce projet européen.

*Association française des investisseurs institutionnels.

**Association française des trésoriers d’entreprise.

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