Olivier Gasnier, économiste chez GDF Suez Trading

«Cette fois, l’impact sera aussi négatif en zone euro qu’aux Etats-Unis»

le 19/04/2012 L'AGEFI Hebdo

Les cours du pétrole atteignent des niveaux élevés. Faut-il craindre des conséquences négatives pour la croissance économique aux Etats-Unis et en Europe ?

Il faut relativiser le récent emballement des prix du baril et le comparer aux mouvements de hausse de 2007-2008 et de début 2011. Que constatons-nous ? Que la vague actuelle est d’une ampleur bien moindre que les deux précédentes au point de se demander si les deux dernières hausses doivent être distinguées. J’ai tendance à croire qu’elles participent de la même et unique vague. En 2012, pour arriver à un prix de 125 dollars le baril, il a fallu une hausse d’environ 15 dollars. Pour parvenir à un niveau analogue début 2011 pendant le printemps arabe, les prix avaient bondi de 45 dollars. Quant à l’envolée de 2008 jusqu’à 140 dollars, elle a nécessité une hausse de plus 60 dollars, étalée, qui plus est, sur un an. Il ressort de ce constat que l’impact de la hausse des cours sur la croissance économique mondiale sera cette année bien moindre qu’au cours des deux premiers épisodes, si cette hausse ne s’amplifie pas bien entendu.

La hausse du brut affecte-t-elle les différentes zones économiques de la même façon ?

Non, et dans le cas présent, il faut noter un changement. Si, auparavant, les conséquences se faisaient davantage sentir aux Etats-Unis qu’en Europe, cette fois, cela devrait être le contraire; l’impact sera au moins aussi négatif en zone euro qu’outre-Atlantique. La raison tient au taux de change euro-dollar. Pendant l’épisode de 2008, l’euro contre dollar était passé de 1,35 à 1,60, atténuant du même coup la hausse des cours du brut. Début 2011, il s’était apprécié de nouveau; de 1,27 à 1,45. En revanche dernièrement, il s’est déprécié de 1,38 à 1,32, renchérissant la facture pétrolière. Ce qui signifie qu’en 2008, la hausse des prix était de 62 dollars, soit 33 euros. Depuis la fin 2011, elle est de 16 dollars, soit 15 euros. Il existe par ailleurs un autre sujet de préoccupation: beaucoup plus en aval, il faudra regarder l’impact des cours sur le comportement des entreprises pour voir s’ils sont susceptibles de le modifier durablement. Le risque serait que les entreprises réduisent leurs investissements à la suite d’une compression trop forte de leurs marges.

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