Rencontre avec... Charles Bouffier, directeur général délégué d’Egamo

« Certaines émissions performent moins bien »

le 16/06/2011 L'AGEFI Hebdo

N’est-il pas trop tard pour investir en obligations d’entreprises ?

En tant qu’investisseur dédié au monde mutualiste, l’important pour nous est le portage. Nous conservons donc nos positions dans l’investment grade (obligations notées entre AAA et BBB- selon l’échelle de Standard & Poor’s, NDLR) et cela d’autant plus que le risque y est très faible aujourd’hui. Toutefois, nous sommes devenus très sélectifs lors de l’acquisition de nouveaux titres car les rendements offerts sont peu attrayants. Nous recherchons encore quelques occasions sur le marché secondaire et sommes beaucoup plus prudents sur le marché primaire. Certaines émissions performent moins bien car des investisseurs en quête de plus-values immédiates revendent leurs titres rapidement, peu de temps après s’être positionnés.

Existe-t-il un risque de bulle sur le marché des obligations à haut rendement ?

L’espérance de rendement est importante. Nous n’anticipons pas de remontée brutale du taux de défaut des entreprises qui émettent. En outre, ce marché a l’avantage d’être moins sensible aux mouvements de taux que celui de l’investment grade. A l’heure actuelle, les stratégistes jouent d’ailleurs son écart de rendement avec les actions, classe d’actifs à laquelle les obligations à haut rendement sont corrélées. Mais c’est oublier les risques et les qualités spécifiques de ces deux types de placements. Une action s’achète pour son potentiel d’appréciation, une obligation pour son portage. Force est de constater que l’imagination est au rendez-vous du côté de l’offre, avec l’arrivée d’émetteurs non notés par les agences, la réapparition d’émissions à taux variable, etc. De là à en conclure qu’une bulle est en train de se former, peut-être pas. Les acheteurs restent sélectifs. De toute façon, la vigilance s’impose sur le petit marché du high yield qui peut vite se retourner. Avant de se positionner, vérifier les objectifs de l’émetteur est primordial.

La dette hybride financière vous intéresse-t-elle ?

Nous restons à l’écart de la dette hybride financière (Tier one, Tier two…) car nous ne connaissons pas les flux de paiement. Exclue de la comptabilité des fonds propres des banques selon les règles de Bâle III, elle sera rappelée ou remplacée par un autre type de dette, mais il est impossible d’en anticiper le calendrier. En revanche, à des fins de diversification, nous détenons de la dette bancaire senior, un placement moins risqué qu’il y a deux ans. Les établissements en difficulté se sont recapitalisés et nous y voyons plus clair en matière de réglementation.

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