Rencontre avec... Viviane Neiter, consultante en relations actionnariales et administrateur de sociétés cotées

« Certaines assemblées générales se transforment en spectacles »

le 30/06/2011 L'AGEFI Hebdo

Les échanges avec les actionnaires en assemblées générales sont-ils satisfaisants ?

Dans l’ensemble, non. La durée des assemblées générales et de fait le temps alloué au débat ont été raccourcis par rapport à l’année dernière. La revue des comptes et des perspectives est trop rapide. Certaines assemblées générales se transforment en spectacles et ne répondent plus aux attentes de la majorité des actionnaires dont l’affectio societatis est mis à mal. Non seulement le dialogue avec la salle est écourté, quelquefois pollué par de trop nombreuses questions écrites n’ayant pas de rapport avec l’ordre du jour, mais la qualité des réponses apportées, quand elles ne sont pas éludées, s’est considérablement dégradée, à quelques exceptions près. Bon nombre d’actionnaires individuels ont été déçus, certains même se sont sentis méprisés. Les associations qui ont travaillé leurs questions au préalable déplorent que les assemblées générales soient de moins en moins un lieu d’échanges constructifs.

Quelles procédures permettraient d’enrichir le dialogue en séance ?

Le déroulé des séances, notamment du débat, n’est pas assez structuré. Je pense que l’on pourrait s’inspirer du modèle néerlandais où le président répond à toutes les questions qui lui sont posées par séries de cinq. Il est en outre possible de déposer ses questions à l’émargement, juste avant le démarrage de l’assemblée. Lorsque la période dédiée au dialogue avec la salle démarre, le président appelle en priorité les actionnaires ayant déposé leur question. Ils disposent de cinq minutes, sablier à l’écran, pour l’exposer. Une fois toutes les questions épuisées, si les arguments ne les convainquent pas, les actionnaires disposent à nouveau de trois minutes pour demander des précisions. S’ils estiment qu’un point supplémentaire mérite d’être approfondi, ils peuvent encore s’exprimer pendant une minute, mais sans micro cette fois. Cette technique permet d’obtenir des réponses appropriées et d’enrichir les débats.

Que pensez-vous du vote consultatif sur les rémunérations ?

Compte tenu de certains errements, qui éloignent les épargnants du placement en actions, ce pourrait être une avancée. Mais, avant tout, il faudrait que soit établi, comme au Canada, un tableau liant performances et rémunérations. Le vote consultatif sur les rémunérations, « say on pay », est appliqué dans ce pays et donne des résultats intéressants. Même s’il est seulement consultatif, certaines attributions de rémunérations ont été modifiées après avoir été passées au crible par les actionnaires. Au Québec, où un actionnaire disposant de 2.000 dollars peut déposer une résolution, le très actif Medac (Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires, NDLR) œuvre pour faire instaurer un « salaire maximum garanti ».

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