Ceinture + bretelles = corset

le 10/02/2011 L'AGEFI Hebdo

Epouvantés par la crise cardiaque du monde financier en septembre 2008, politiques et régulateurs ont décidé une reprise en main bienvenue, sous la pression de l’opinion publique. Le problème est que la drastique réforme en cours n’est pas exempte de contradictions. La principale d’entre elles, maintes fois soulignée dans L’Agefi Hebdo, est que l’impératif catégorique de sécurité prôné par le G20 et l’Union européenne menace de porter atteinte au financement de l’économie, notamment des entreprises, et de déboucher sur une désintermédiation supplémentaire, défavorable à la finance régulée à l’inverse de l’objectif affiché ! Les nouvelles normes de liquidité dites de Bâle III en donnent une nouvelle illustration.

Pour encadrer cette variable clé, deux ratios ont été définis que les banques devront respecter pour exercer leur activité. Même si leur entrée en vigueur est étalée sur plusieurs années, leurs conséquences se font déjà sentir. Le ratio à court terme, couplé au raccourcissement réglementaire de l’horizon d’investissement des OPCVM, va entraver ces derniers dans leur rôle traditionnel de pivot du marché monétaire. Le déclin prévisible des certificats de dépôt et la revalorisation du rôle des dépôts seront d’autant plus délicats à gérer pour les banques que la BCE alimentera moins le système en liquidités comme elle le fait jusqu’ici. A plus long terme, le paysage n’est guère plus riant : le nouveau ratio à un an ne favorise pas non plus le financement par les OPCVM. La survalorisation des dépôts et l’accent mis parallèlement sur les ressources longues censées adosser les emplois longs, au rebours de la transformation bancaire traditionnelle, promettent d’avoir des effets majeurs sur la structure des bilans bancaires et sur leur coût. La hausse des marges bancaires n’a pas fini de demeurer au sommet des priorités avec les conséquences que cela implique pour les emprunteurs, entreprises et particuliers. La nature ayant horreur du vide, la finance désintermédiée devrait en profiter. Est-ce l’effet recherché ?

Les régulateurs soulignent que le calendrier d’application de Bâle III prévoit un long délai d’adaptation pour les acteurs. Le plus probable cependant, c’est que ceux-ci n’attendront pas pour tirer les conclusions de la nouvelle donne. La nécessité de « liquéfier » son bilan au détriment de l’assurance-vie et des fonds collectifs pourrait conduire rapidement à une concurrence accrue sur les produits bancaires, à une lutte d’influence farouche avec les autres gestionnaires d’épargne et à des décisions stratégiques de désinvestissement pour les plus fragiles. Comme le montrent déjà les inquiétudes ouvertement exprimées par les assureurs et les professionnels de la gestion, c’est tout un équilibre industriel qui se trouve ébranlé. Bruxelles et le gouvernement sont-ils sûrs de bien en évaluer les suites ?

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