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Cassiopée à l'épreuve du feu

le 01/12/2011 L'AGEFI Hebdo

Des trois initiatives annoncées, seule Nyse BondMatch est actuellement en service. Les deux autres plates-formes obligataires devraient suivre.

Lorsque les membres du Comité Cassiopée ont mis fin à leur mission il y a près d’un an, imaginaient-ils que les marchés financiers, pas encore vraiment remis de la crise de 2007, mettraient aussi vite leurs recommandations à l’épreuve du feu ? Tirant les conclusions de la crise de liquidité qui avait touché le marché secondaire obligataire, ils plaidaient pour la création de plates-formes d’échanges (lire aussi page 8) dont le mode de fonctionnement, inspiré des marchés d’actions, est basé sur un carnet d’ordres fermes ouvert à tous les professionnels, garantie d’une transparence dans la formation des prix et d’une meilleure liquidité.

Mais la nouvelle crise financière est survenue trop vite pour permettre aux trois initiatives (BondMatch de Nyse Euronext, Galaxy de Trading Screen et MTS Credit de MTS) de se déployer comme il était prévu. « Dans le contexte actuel, les banques réduisent leurs investissements dans les IT (information technology, NDLR), notamment en termes de ressources humaines », relève Jean-Philippe Malé, directeur général de Galaxy en France. Cela ralentit d’autant la mise en compatibilité de ces clients. Par ailleurs, les banques, qui auraient pu fournir une source de liquidité indispensable au démarrage de ces plates-formes, sont plutôt en train de réduire les capitaux alloués aux activités de teneurs de marché, en particulier en ce qui concerne les activités de taux. « Il faut donc aller chercher la liquidité là où elle se trouve, chez les 'buy-side' », poursuit Jean-Philippe Malé.

Intermédiation

Pour le moment, seule Nyse BondMatch est effectivement en service. « Notre plate-forme a été lancée le 11 juillet 2011, en mode pilote, avec une vingtaine de membres, dont la moitié était prête à démarrer, confie Nathalie Masset, directeur adjoint des marchés obligataires européens chez Nyse Euronext. Ce sont principalement, à ce stade, des banques et des 'brokers', déjà connectés aux marchés de Nyse Euronext. » Mais là aussi, malgré le lancement précoce, certaines adaptations ont dû être apportées. « Les investisseurs institutionnels voulaient au départ un 'membership' direct, rappelle Nathalie Masset. Mais compte tenu des développements à consentir, du schéma de compensation et de la situation économique, la plupart ont finalement préféré une solution d’intermédiation (en passant par des 'brokers'). Pour le moment, ils disposent de solutions de passage d'ordres à la voix, mais ils attendent sous peu des solutions automatisées leur donnant une visibilité sur le carnet d’ordres. »

Cela n’a pas pour autant remis en question l’intérêt de telles plates-formes. « Dans un environnement chahuté, il vaut mieux avoir plusieurs canaux pour ne pas dépendre d'une seule catégorie d'acteurs, avec les effets pervers que l'on a pu constater en 2007, tient à préciser Jean-François Boulier, président du directoire d'Aviva Investors Europe et président du comité stratégique de Nyse BondMatch. Chez Aviva Investors France, nous avons sous gestion 50 milliards d'euros investis en obligations d'entreprise et nous suivons 400 lignes différentes. On ne peut pas raisonnablement s'attendre à ce que tous les intermédiaires puissent fournir des prix sur l'ensemble des lignes. C'est pourquoi il faut multiplier les canaux et cette plate-forme en est un. » BondMatch référence près de 1.300 titres, obligations corporate, financières ou foncières, libellées en euros, avec un encours supérieur à 500 millions d’euros et une notation d’au moins « BBB ». Près de 300 à 400 titres en moyenne reçoivent quotidiennement des prix, avec une pointe à 800. Par ailleurs, la plate-forme enregistre entre 50.000 et 100.000 ordres par jour, avec un montant moyen de 100.000 euros par ordre. Il s'agit d'ordres passés, mais pas nécessairement exécutés.

Du côté de Galaxy, « les étapes réglementaires ont déjà été franchies avec succès, indique Jean-Philippe Malé. Galaxy a été approuvé cet été par la Banque de France et par l'Autorité des marchés financiers en tant que MTF (système multilatéral de négociation, NDLR) et nous avons également obtenu en octobre l'autorisation réglementaire de la Finma (le gendarme de la Bourse suisse, NDLR) pour offrir nos services dans ce pays. Nous en sommes actuellement à la phase marketing et à la gestion de la question de la liquidité ». L’opérateur attend d'avoir assuré une liquidité suffisante avant de lancer Galaxy, ce qui devrait être le cas en tout début d'année prochaine. Enfin, MTS a opté pour une évolution moins radicale en opérant à travers

sa plate-forme existante BondVision, faisant ainsi cohabiter un nouveau carnet d’ordres ouvert avec l’ancien système d’enchères (RFQ, Request For Quote). « Les 300 clients finaux de BondVision sont déjà équipés, explique Jacques de Lézardière, credit business manager chez MTS. Il reste aux 'prime brokers' à se configurer pour que leurs clients puissent traiter. » Ce processus devrait être achevé début 2012.

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