Le cas d’école des ETF

le 30/06/2011 L'AGEFI Hebdo

Entre autres contradictions, la démarche de régulation entreprise par le G20 en comporte une bien connue des professionnels de la finance : celle de porter atteinte, sous prétexte de sécurité absolue des investisseurs, à la créativité financière à laquelle ils sont légitimement attachés. La polémique qui anime ces jours-ci le petit monde de la gestion s’agissant de la nature des risques générés par les ETF et autres produits indiciels en est une parfaite illustration. Ces produits, dans la plupart des cas des OPCVM, ont beau être comme tels assujettis à la réglementation précise que leur est applicable, n’en sont pas moins dans la ligne de mire des régulateurs (lire L’Evénement page 10). Plusieurs rapports sur le sujet sont sortis coup sur coup ces dernières semaines, suscitant surprise et agacement de leurs promoteurs qui ne sont pas loin d’y voir une sorte de désagréable rançon du succès. Si leurs produits font l’objet d’un tel envahissant intérêt, n’est-ce pas tout simplement parce qu’ils sont trop séduisants et plébiscités par la clientèle, comme le prouve la prodigieuse collecte réalisée non seulement auprès des investisseurs institutionnels mais aussi des particuliers ?

Les arguments mis en avant par les régulateurs sont de plusieurs ordres. Techniques d’abord : ainsi la nature des sous-jacents utilisés peut, dans le cas des ETF synthétiques, n’avoir pas de rapport avec l’indice de référence qu’ils sont censés répliquer ; l’impact de ces produits sur les marchés, quoique très controversé, doit être étudié, tout comme la nature, selon les différents produits, des risques de contrepartie. Arguments de fond ensuite : n’est-il pas naturel que le régulateur se préoccupe, dans la droite ligne des engagements du G20, de produits financiers complexes accessibles au grand public ? Ne lui a-t-on pas assez reproché de réagir trop souvent après coup pour ne pas se féliciter cette fois de sa volonté de déceler en amont de potentielles dérives ?

Ces questions, la plupart des professionnels sont tout prêts à les trouver légitimes, à quelques importantes réserves près. Certains régulateurs notamment ont-il bien pris garde à ne pas mélanger les choux et les carottes, en mettant dans le même sac des produits qui sont des OPCVM, comme les ETF, et d’autres, comme les ETN, qui n’en sont pas et qui mériteraient le cas échéant d’être traités à part, loin de tout fâcheux amalgame ? Quant à certains reproches adressés aux produits indiciels, concernant le prêt de titres ou le recours aux swaps, sont-ils bien fondés alors que les autres catégories d’OPCVM les utilisent depuis belle lurette, et sur une très grande échelle, sans que cela pose problème à quiconque ? Autant les préoccupations du régulateur se comprennent, autant la clarification de leur démarche serait très bienvenue auprès de tous les acteurs.

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