PORTRAIT Florent d’Yvoire, directeur investissement solidaire chez Renault

« Le capital-risque 'corporate', un nouveau métier entre business et philanthropie »

le 24/10/2013 L'AGEFI Hebdo

Concilier un engagement éthique et social avec une activité professionnelle traditionnelle n’est pas donné à tout le monde. C’est sûrement parce que Florent d’Yvoire a débuté en 2000 par une mission de deux ans en Indonésie consistant à gérer un internat de collégiens et de lycéens qu’il travaille aujourd’hui à la direction des investissements solidaires de Renault. Cette expérience indonésienne - c’était son service militaire - a été un véritable apprentissage. « Il m’a fallu tout prendre en charge rapidement et apprendre à la fois la langue et le fonctionnement de l’établissement, se souvient Florent d’Yvoire. Malgré quelques moments de solitude, c’était passionnant. A mon retour en France, en août 2002, je me suis donné quelques mois pour trouver un emploi qui me permette de concilier ma formation et mon expérience. »

Pas facile, mais Renault le recrute au printemps 2003 à l’audit interne où il enchaîne une trentaine de missions en quatre ans, découvrant les métiers de l’entreprise et visitant les sites du constructeur en France, en Europe et même au Brésil. Puis il passe au contrôle de gestion des projets, où il calcule, en fonction des ventes et des recettes escomptées, les budgets pouvant être alloués à la fabrication des futurs véhicules, les Dacia Logan, Duster et Sandero, puis Zoé, la petite électrique.

Au bout de quatre ans, Renault lui propose une mission plus originale : mettre la responsabilité sociale d’entreprise (RSE) au service de l’innovation… et de Renault. L’objectif sera de promouvoir la mobilité durable pour tous. « Nous recherchons d’abord l’impact social, souligne Florent d’Yvoire, mais ce sont aussi de nouveaux marchés à moyen terme. » L’idée se concrétise dans Renault Mobiliz, un programme en trois volets : d’abord, des projets concrets menés en interne, comme le lancement d’un réseau de garages Renault solidaires permettant à des gens modestes de faire réparer leur voiture à prix coûtant. Ensuite, la réflexion académique avec la participation à la chaire Social business, entreprises et pauvreté de HEC avec d’autres grandes enseignes. Et enfin, la création de Mobiliz Invest, un fonds d’investissement doté de 5 millions d’euros pour financer en dette ou en capital des entreprises innovantes ayant des objectifs sociaux liés à la mobilité. « Renault entre ainsi dans le 'social business', à la croisée des chemins entre philanthropie et activité économique, car le propre de ce concept est de ne générer ni dividendes, ni pertes, mais d’investir à long terme », rappelle le jeune homme. Constituée en SAS en 2012, la société d’investissement se dote d’une gouvernance spécifique intégrant, entre autres personnalités qualifiées, Muhammad Yunus, le grand promoteur du microcrédit.

Trois investissements ont été réalisés depuis. Le premier sous forme d’un prêt d'un million d’euros à Voiture & Co, une association de covoiturage à l’origine, qui aide les chômeurs à trouver des solutions pour se déplacer et retrouver un emploi. Une participation de 50.000 euros a ensuite été prise dans MobilEco, société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) située à Montpellier qui vend des véhicules électriques et forme des apprentis à leur réparation. Dernière opération, une prise de participation de 125.000 euros dans Chauffeur & Go, qui permet à des chômeurs de longue durée de reprendre une activité de chauffeur indépendant et leur apporte des missions. « La collaboration va bien au-delà de l’aspect financier, insiste Florent d’Yvoire. Ce sont des entreprises innovantes et agiles auxquelles nous pouvons également apporter un accompagnement et des compétences variées selon leurs besoins. » Un nouveau métier est en train de naître.

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