L'avis de... Jean-Philippe Desmartin, responsable de la recherche ESG* chez Oddo Securities

« La capacité d’adaptation japonaise, un exemple à suivre »

le 15/11/2012 L'AGEFI Hebdo

La suspension, dès 2030, de l’activité des centrales nucléaires sur le sol japonais est-elle réaliste ?

Les Japonais peuvent franchir ce cap. L’objectif est très ambitieux certes, mais réaliste. En premier lieu parce qu’ils sont capables de réaliser de réels efforts en matière d’économie d’énergie et dans de brefs délais. Ils viennent déjà de le démontrer en diminuant drastiquement leur pic de consommation d’électricité, de près de 15 % au cours des dix-huit derniers mois ! Capables de prendre des mesures fortes et de s’y tenir, les Japonais ont aussi l’avantage d’avoir acquis une culture de l’efficacité énergétique depuis longtemps, portée notamment par leur aptitude à innover. Ils ont commencé à se sensibiliser à cette question dès 1974, à la suite du premier choc pétrolier qui les a aussi conduits à basculer rapidement une partie de leur production d’électricité vers le nucléaire. Force est de constater que la croissance économique du pays du Soleil levant est l’une de celles au monde qui dépense le moins d’énergie et émet le moins de CO2. C’est d’ailleurs l’un des critères qui jouent le plus positivement dans la notation ESG* que nous attribuons à sa dette. Pour autant, améliorer encore l’efficacité énergétique ne suffit pas. L’autre défi à relever est d’accroître la diversification des sources d’énergie et cela passe, entre autres, par le développement de l’utilisation d’énergies renouvelables.

Quelles énergies renouvelables ont le plus de potentiel au Japon ?

L’exploitation de l’énergie géothermique me semble être la piste qui a le potentiel le plus fort à moyen terme. A un horizon bien plus lointain, car leur développement n’en est qu’à ses prémices, l’exploitation des énergies marines renouvelables pourrait être prometteuse car une grande partie de la population de l’Archipel vit le long des côtes. Un autre axe qui devrait être exploité, et qui a aussi de l’avenir à long terme, est le stockage des énergies renouvelables.

Quels enseignements japonais pourraient être repris par la France en termes de compétitivité ?

La capacité d’adaptation japonaise, moteur de son innovation, pourrait être un exemple à suivre. Même si l’industrie nippone délocalise, la recherche et développement reste sur le territoire japonais. Le nombre de brevets déposés est impressionnant, 2.276 par million d’habitants en 2010, à comparer à une moyenne mondiale de 255. D’autres points forts pourraient inspirer la France, telle l’efficacité de la dépense publique japonaise, parmi les meilleures au monde, selon la Banque Mondiale.

*Environnement, social, gouvernance.

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